Extrême de la musique

Publié le par Fred Pougeard

Extrême de la musique

Gustav Mahler, IXe Symphonie, IVe mouvement

C’est une mélodie d’abord simple et de ligne étendue, presque trop pure dans sa mélancolie tonale ardemment confidentielle, qui bientôt par les croisements profonds de ses éléments, les superpositions sans fin, l’esprit des timbres et l’épaisseur devenue peu à peu prodigieuse, atteint à une énormité sans limite dans la profusion, le don, l’amour, les jeux graves. Un monde extrême se déroule de plus en plus ardent, mais de plus en plus arraché à un son conquérant la nouvelle langue, épaisseur inextricable de forêt d’étoiles ou limpidité mince des sphères. Cette calme forme de surabondance aux suppliantes extases, cette élaboration suprême de la Force en myriades de vouloir et de larmes, c’est encore la mélodie première mais elle est passée à l’échelle de l’être universel, tant qu’elle se brise plusieurs fois sur des à-pics du destin.
Beaucoup plus tard, quand l’œuvre est intérieurement finie, reprend l’idée, la première, qui lentement, lentement sous le poids de ses richesses, se défait, tombe en fragments lointains, opère sa propre destruction, et lentement, très lentement meurt.
Ainsi que l’a écrit la femme de l’artiste,« il téléphonait avec Dieu ».

Pierre-Jean Jouve, Proses, « la voix, le sexe et la mort », Editions Mercure de France 1960