Enigma/Enigme

Publié le par Fred Pougeard

Ingeborg Bachmann avec Hans Werner Henze en 1952
Pour Hans Werner Henze en souvenir du temps des Ariosi (1)
 
Plus rien ne viendra (2)
 
Il n'y aura plus jamais de printemps.
Des calendriers millénaires le prédisent à chacun.
 
Mais l'été aussi et tout ce qui s'ensuit et porte des noms si bons
comme "estival"-
cela ne viendra plus
 
Tu ne dois pas pleurer (3)
dit une musique.
 
Sinon
personne
ne dit
rien
 
*
 
Nichts mehr wird kommen
 
Frühling wird nicht mehr werden.
Tausendjährige Kalender sagen es jedem voraus.
 
Aber auch Sommer und weiterhin, was so gute Namen
wie "sommerlich" hat -
es wird nichts mehr kommen.
 
Du sollst ja nicht weinen,
sagt eine Musik.
 
Sonst
sagt
niemand
etwas.


Ingeborg Bachmann, Poèmes 1964-1967, dans Toute personne qui tombe a des ailes, traduction de l'allemand (Autriche) par Françoise Rétif. Editions Gallimard 2015

(1) Ariosi (1963) sur des poèmes de Tasse, du compositeur Hans Werner Henze (1926-2012)
(2) citation extraite d'un des Altenberg Lieder d'Alban Berg (1885-1935)
Rien n'est venu, rien ne viendra pour mon âme --
J'ai attendu, attendu, oh -- attendu !
Les jours s'écouleront lentement,
Et en vain ma chevelure blonde, soyeuse, flotte autour de mon visage pâle !
(3) Allusion au choeur final de la 2e symphonie"Résurrection" de Gustav Mahler (1860-1911) : Ce qui est né doit disparaître ! Ce qui a disparu doit renaître ! Arrête de trembler ! Prépare-toi à vivre !