C'est mais personne ne sait quoi.

Publié le par Fred Pougeard

Jan Dibbets, Wayzata window, 1988

C’est mais personne ne sait quoi.
C’est ici, c’est là,
c’est loin, c’est près,
c’est profond, c’est élevé ;
c’est ainsi : ce n’est ni ceci ni cela.
 
C’est lumière, c’est clarté,
c’est tout obscurité,
c’est innommé,
c’est inconnu, sans commencement et sans fin ;
c’est un lieu silencieux qui s’écoule, indéfini.
Qui connaît sa maison ?
Qu’il en sorte celui-là,
et nous dise quelle est sa forme !
 
Deviens comme un enfant,
deviens sourd, deviens aveugle !
Le quelque chose qui est tien
doit devenir rien ;
quelque chose ou rien : tout va au-delà.
Laisse le lieu, laisse le temps,
laisse aussi l’image !
Va sans chemin
sur le sentier étroit : ainsi viens-tu à la trace du désert.
 
Ô mon âme !
Sors ! et entre en Dieu ;
enfonce le quelque chose qui est mien
dans le rien de Dieu !
Enfonce-le dans les flots sans fond !
Que je m’enfuie de toi,
et tu viens à moi !
Que je me perde, et je te trouve,
ô bien super-essentiel !
 
Auteur inconnu, Poème mystique du XIIIe siècle, extrait de Le Miroir des âmes simples et anéanties, Spiritualités vivantes, Albin Michel, Traduction de Max Huot de Longchamp, Paris, 2011.
 
Photo : Jan Dibbets, Wayzata window 1988