Echec/A Failure

Publié le par Fred Pougeard

Le sol était profond et le champ bien situé,
La semence était saine.
Un temps moyennement favorable, pensa-t-on,
Et la récolte serait abondante.
 
Si herser était tout ce qu'il fallait pour
La moisson, son champ
Avait été suffisamment hersé, Dieu sait, pour garantir
Un rendement record.
 
Pourtant, vivant ici,
Entre deux puissances qui s'amassent, je vis comme quelqu'un
Que la neutralité ne peut sauver
Ni l'occupation réjouir.
 
Aucun être tel ne gardera la vie :
L'aile innocente est bientôt abattue,
Et les étoiles privées s'effacent dans l'aube rouge sang
Où deux mondes luttent.
 
La rouge avancée de la vie
Contracte l'orgueil, fait appel au sang commun,
Bat le champ en une lame unique,
Fait du chagrin une grenade sous-marine.
 
Va donc avec de nouveaux désirs,
Car là où jusqu'alors nous bâtissions et aimions
Est un no man's land, et seuls les fantômes peuvent vivre
Entre deux feux.
 
*
The soil was deep and the fields well-sited,
The seed was sound.
Average luck with the weather, one thought,
And the crop would abound.
 
If harrowing were all that is needed for
Harvest, his field
had been harrowed enough, God knows, to warrant
A record yield.
 
Yet living here,
As one between two massing powers I live
Whom neutrality cannot save
Nor occupation cheer.
 
None such shall be left alive :
The innocent wing is soon shot down,
And private stars fade in the blood-red dawn
Where two worlds strive.
 
The red advance of life
Contracts pride, calls out the common blood,
Beats song into a single blade,
Makes a depth-charge of grief.
 
Move then with new desires,
For where we used to build and love
Is no man's land, and only ghosts can live
Between two fires.
 
Cecil Day Lewis, Collected Poems, Londres, Cape and the Hogath Press, 1954. dans Anthologie bilingue de la poésie anglaise, Trad divers, Collections La Pleïade, Editions Gallimard 2005