Je suis devenu aussi simple et solitaire...

Publié le par Fred Pougeard

Je suis devenu aussi simple et solitaire
           que le quartier nord-ouest dans la neige fondue.
Même après toutes ces années je suis heureux
que l'inconnue m'ait fait signe
quand mon train quelconque a démarré.
Sans répit sa main blanche coud les secondes entre elles.
          Le temps du développement personnel est venu,
et je n'ai pas besoin de rêver.
 
*
 
Entre les rêves diurnes et nocturnes,
je choisis les diurnes,
car les nocturnes sont enregistrés en allemand
et parlent de gens
avec des idées derrière la tête,
mais dans le cortège chancelant
des vivants et des morts rêvés
les silhouettes délicates et inconnues de moi
puisent leur grâce
dans la lumière du matin
et dans les tulipes en feu
que je prends du vase sur ma table de travail
pour les leur tendre.
 
*
 
Quand je suis passé aujourd'hui devant ta maison
où le lustre était encore allumé
et où un papillon de nuit pris de vertige
tournait dans le silence blanc comme un linge
que ta vie a laissé derrière elle,
c'était comme si tu mourais à nouveau. 
Mais quand plus tard aujourd'hui
je me suis arrêté devant encore une maison
et que j'ai levé les yeux vers une fenêtre ouverte au quatrième
là où jeune j'avais passé mon temps
plein d'espérance à regarder
le boucan du monde
l'avenir a soudain recommencé
de plus belle.
 
*
 
La radio a capté une station lointaine
où un choeur d'enfants
dans une langue qui doit être du russe
lit quelque chose qui doit être de la poésie
et pourrait sonner comme une traduction
du poème que j'ai toujours rêvé d'écrire.
 
Søren Ulrik Thomsen, Les arbres ne rêvent sans doute pas de moi, traduit du danois par Pierre Grouix, Editions Cheyne 2016
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