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Onde

Publié le par Fred Pougeard

Onde

Un onde
un train d'ondes
…………………………….

Venant d'un lointain
allant vers des lointains
une onde prend mon centre à part
montrant, visant l'essentiel.

le particulier sombre

Des impatiences se livrent à la patience
désignant les défauts sur fond surnaturel

aspirations

assujetti au sans borne
perdant sa volonté propre
ses orientations à soi

Une onde a éloigné le monde que blessure
accompagnait

Une ouverture explore
un moutonnement passe
la poitrine à son tour s'ouvre

appel à l'expatriation
ruisseau lucide
qui torrentiellement engage, emporte

aube
le tréfonds devient premier
les moments du momentané ont naufragé

l'Unique apparaît au désassoupi

Pinceaux de pureté, de plus de pureté

horizons d'une délicatesse...

s'affaissent alors les postures querelleuses

Ravissement dans l'élémentaire
cependant que se retire la chaleur des membres.

Un jour, il y a mille ans, j'étais lourd
je ne connaissais pas l'arche du Connaissable
j'avais besoin de tous mes besoins
fugueur
et tout m'incisait

un nouveau moi avance

Henri Michaux, Jours de silence, Editions Fata Morgana 1978

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Vieille Europe

Publié le par Fred Pougeard

Vieille Europe

Sous d'assombris lambris dorés
confiserie du néant
en frac noir deux hommes du monde
luttent à mort se mordant le sang
mais frêle sous les firmaments
l'enfant morveux sur les remparts
regarde l'Ourse et le Chariot
les yeux plongés dans leurs étoiles
son pot de lait pâle dans la main.

Jean Follain, Usage du temps, Gallimard 1943.

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Je suis entré à la place du fauve dans la cage...

Publié le par Fred Pougeard

Je suis entré à la place du fauve dans la cage,
ai gravé mon terme et mon surnom au clou sur le bat-flanc,
vécu au bord de l'eau, joué à la roulette,
dîné avec le diable seul sait qui, en habit.
 
Du sommet d'un glacier, j'ai contemplé le monde,
par trois fois j'ai coulé, deux fois on m'a ouvert.
Le pays qui m'avait nourri, je l'ai lâché.
Ceux qui m'ont oublié formeraient une ville.
 
J'ai parcouru la steppe pleine encore de la clameur du Hun,
porté ce qui est de nouveau à la mode,
semé le seigle, couvert de tôle noire l'aire à battre,
ne me suis abstenu que d'eau sèche.
 
Mes rêves font sa place à l'oeil noir d'acier des gardiens,
j'ai dévoré le pain d'exil avec sa croûte,
permis tous les sons à ma gorge sauf le hurlement,
en suis venu au murmure. Maintenant j'ai quarante ans.
 
Qu'ai-je à dire de la vie ? Qu'elle fut longue.
Du malheur seul je me sens solidaire.
Mais tant qu'on ne m'a pas de terre comblé la bouche,
il n'en sortira que de la gratitude.
 
(traduit par Veronique Schiltz)
Joseph Brodsky, Vertumne et autres poèmes, traduit du russe par Hélène Henry, André Markowicz et Veronique Schiltz. Gallimard 1993.
 
Photo : Joseph Brodsky à Norenskaya 1964

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Sont les fleuves

Publié le par Fred Pougeard

Sont les fleuves

Nous sommes le temps. Nous sommes
la parabole fameuse d'Héraclite l'Obscur.
Nous sommes l'eau, et non le dur diamant,
l'eau qui se perd, non celle qui repose.
Nous sommes le fleuve et nous sommes ce Grec
qui se voit dans le fleuve. Son reflet
change dans l'eau de ce miroir changeant,
dans le cristal, pareil au feu, qui bouge.
Nous sommes l'inutile flot, déjà fixé,
en marche vers sa mer. L'ombre l'enserre.
Tout nous dit son adieu, tout s'éloigne.
La mémoire ne frappe plus sa monnaie.
Mais il y a cependant quelque chose qui dure,
mais il y a cependant quelque chose qui pleure.

Jorge Luis Borges, Los conjurados (Les conjurés) Traduit de l'espagnol (Argentine) par Claude Esteban. Emecé editores, Buenos Aires 1988. Editions Gallimard 1988

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Les justes

Publié le par Fred Pougeard

Un homme qui cultive son jardin, comme le souhaitait Voltaire.
Celui qui est reconnaissant à la musique d'exister.
Celui qui découvre avec bonheur une étymologie.
Deux employés qui dans un café du Sud jouent une modeste partie d'échecs.
Le céramiste qui médite une couleur et une forme.
Le typographe qui compose bien cette page, qui peut-être ne lui plaît pas.
Une femme et un homme qui lisent les derniers tercets d'un certain chant.
Celui qui caresse un animal endormi.
Celui qui justifie ou cherche à justifier le mal qu'on lui a fait.
Celui qui est reconnaissant à Stevenson d'exister.
Celui qui préfère que les autres aient raison.
Tous ceux-là, qui s'ignorent, sauvent le monde.

Jorge Luis Borges, La Cifra (Le Chiffre). Traduction de Claude Esteban. Emecé editores 1981, Éditions Gallimard 1988

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LVIII Entre l'herbe et le vent/Entre l'erba e lo vent

Publié le par Fred Pougeard

LVIII Entre l'herbe et le vent/Entre l'erba e lo vent

Je n'ai pas un corps qui vole dans le vent. Et pour traverser la grande mer, je n'ai pas un corps qui tienne l'eau. Je n'ai pas un corps qui passe par le feu.
Pesants me sont les pieds. J'ai l'haleine courte et la peau tendre. Il craint l'épine, le froid, la flamme et les pierres, mon corps de terre, et le chemin qu'il faudra suivre.
Certainement je ne monterai pas dans la tête de l'arbre. Et quand j'y monterais ? Certainement je ne traverserai pas la forêt dans sa lueur de feu. Et quand j'irais plus loin ?
Je ne monterai pas plus haut que ne monte l'esprit. Qui passe au ras de terre, et qui ne traverse pas la mer, qui n'entre pas dans l'épaisseur de l'arbre,
qui passe à la face des prés comme un rire de vent, sur l'espoir de mon coeur et les douleurs de l'âme, et qui ne traverse pas l'espace du ciel.
On m'a bâti un corps à ras de terre, comme la maison du paysan, l'épaule large, l'oeil petit, le cou trop court pour regarder par-dessus la haie,
-si l'herbe est verte-. Le pied qui tienne bien dans le sable et le fumier, la main pour embrasser la pierre et les mottes d'herbe, et le genou pour soulever,
le ventre pour porter la gerbe et les fruits, le bras qui sème à fleur de terre. Je ne m'en irai pas d'ici. J'y suis né. J'y dors.
J'y ai pleuré assez de larmes pour me clouer à la poussière. J'y ai ri mieux que le vent quand il emporte sur le froment la graine d'arbre.
Mais quand je serai sous la glèbe, comment oublier la terre ? Je la connais depuis longtemps, je sais ce qu'elle pèse, la bonne odeur de la sueur fraîche et la saveur du vent.
Je ne monterai pas beaucoup plus haut. Je ne descendrai pas beaucoup plus bas. C'est ici que je suis, d'un jour à l'autre, entre l'herbe et le vent. C'est ici que je suis jusqu'à demain.

ENTRE L'ERBA E LO VENT

N'ai pas un còrs que vòle dins lo vent. Mai per trauchar la granda mar n'ai pas un còrs que tenha l'aiga. N'ai pas un còrs que passedins lo fuec.
Pesants me son los pès. Ai l'alen corta e la peu tendra. Crenh l'espina, lo freg, la flamba e las peiras, mon còrs de terra, e lo chamin que chaudriá far.
Segur montarai pas dins la testa de l'aubre. E quand lai montariá ? Segur traucharai pas la mar ni la forest dins sa raior de fuec. E quand 'niriá pus lonh ?
Montarai pas pus naut que monta l'esperit. Que rasa a ras de terra, e que ne traucha pas la mar, que n'entra pas dins l'espessor de l'aubre,
que passa a la faciá daus prats coma un rire de vent, sus l'esper de mon còr e las dolors de l'arma, e que ne traucha pas l'aire dau ciau.
M'an bastit un còrs a ras de terra, coma la maison dau paisan, l'espatla larja, l'uelh petit, e lo còu pas pro long per'visar per dessús lo plais,
-si l'erba es verda-. Lo pè que tenha ben dins lo tufe e lo fems, la man per embraçar la peira e las glevas, et lo genolh per solevar,
lo ventre per portar la jarba e las fruchas, lo braç que semna a flor de terra. Me'n 'nirai pas d'aquí; lai sui naissut. Lai duerme.
Lai ai purat pro de gremas per me clavar a la pouvera. E lai risiá mielhs que lo vent quand permena sus lo froment la grana d'aubre.
Mai quand serai jos la gleva, como oblidar la terra ? Que la coneisse i a dau temps, que sabe çò que pesa, la bona odor de la suor fresha et la sabor dau vent.
Montarai pas gaire pus naut. Davalarai gaire pus bas. Aquí que sui, d'un jorn a l'autre, entre l'erba e lo vent. Aquí que sui, d'aicí a deman.

Marcela Delpastre, Saumes Pagans, prumeria edicion (occitan sole) IEO-Institut d'Estudis Occitans, novelum 1974. Las edicions dau chamin de sent jaume 2006

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Je suis

Publié le par Fred Pougeard

Je suis

Je ne sais rien et je le sais. N'est pas plus vain,
Penché sur le cristal silencieux des sphères,
Celui qui guette le reflet d'un de ses frères
(Le reflet ou le corps, c'est même chose enfin).
Je suis sûr, tacites amis, tous nous le sommes,
Qu'il n'est qu'une vengeance et qu'il n'est qu'un pardon
Et c'est l'oubli. Quelque divinité fit don
De cette étrange clef à la haine des hommes.
L'erreur a tant d'illustres modes ! Cependant,
Ton dédale me reste une énigme échappée,
Temps singulier et pluriel, cime escarpée,
Temps à moi, temps à toi, temps qui tous nous comprend.
Je ne suis personne, ni ne fus épée
En guerre. Echo je suis, oubli je suis, néant.

Jorge Luis Borges, La Rosa profunda (La Rose profonde-1975), mis en vers français par Ibarra. Editions Gallimard 1983.

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