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J'ai mis longtemps à comprendre ce que signifie l'humilité...

Publié le par Fred Pougeard

J'ai mis longtemps à comprendre ce que signifie l'humilité et la faute est à ceux qui nous ont appris à la situer à l'opposé de l'orgueil. Tu dois apprivoiser l'idée de l'existence en toi pour la comprendre.

Un jour où je me sentais abandonné de toute part et qu'une grande tristesse s'était lentement emparée de mon âme, je cheminais, et là dans les champs sans rémission, voici une branche d'un buisson inconnu. Je la coupai et la portai à mes lèvres. A cet instant j'ai compris que l'être humain est innocent. Je l'ai lu si intensément dans ce parfum âcre de vérité, que je me suis engagé sur la route d'un pas léger et avec un coeur de missionnaire. Jusqu'au moment où j'ai pris profondément conscience que toutes les religions mentent.

Non le Paradis n'était pas une nostalgie. Encore moins une récompense. C'était un droit.

Odysseas Elytis, Le petit navigateur (1985) dans Le Soleil sait, une anthologie vagabonde, traduit du grec par Angélique Ionatos. Editions Cheyne 2015

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Dictons

Publié le par Fred Pougeard

 

quand je t'ai connue/mon coeur était plus affamé que le pou d'une perruque/
les poux des perruques sont comme ça/
capables de mourir de faim au milieu de la beauté qui ne leur donne pas à manger/
mais eux/embellis par tant de beautés/
 
commencent à se sentir un autre animal/un petit chardonneret/peut-être/
qui vole et chante tout autour du jour/
un canari plus jaune que le soleil/plus ardent/
un rossignol plus profond que la nuit où je t'ai connue
 
où j'ai connu les deux souffrances de l'oisillon capturé/
qui sont se détacher et s'attacher/
blesser la vie avec amour et endurer la blessure/
être tout pur d'amour muet et faire que son silence déchire les tympans du monde/
 
des herbes d'amour couvrent le petit chardonneret/
mais cela ne veut rien dire/
cela ne veut pas dire que le canari mangera/
que le rossignol ne va pas mourir de faim/
 
je parle de quand j'ai vu ton âme/
et la joie est entrée en moi comme un inconnu/
et mon âme reconnaissante a connu d'étranges merveilles/
et je t'ai aimée doublement/ je t'ai aimée pour toi et pour moi/
 
pour rencontrer l'amour nous avons été mis au monde/pour cette nudité
notre amour est plus étrange qu'un éléphant français/
une fois un éléphant français est passé dans le quartier/
 
il souriait à tout le monde et disait "bonjour"/ "bonjour"
mais personne ne le croyait
où a-t'on vu un français sourire à tout le monde/
seuls les enfants se risquaient à le toucher/
 
ils lui tiraient la queue pour qu'il devienne bleu/
à chaque secousse un petit oiseau sortait de l'éléphant/
un canari ou un rossignol qui se mettait à parler de ta candeur/
un petit chardonneret mort de faim les yeux pleins d'encre et de papier/
 
j'aime le mot besoin en italien/
besoin en italien se dit bi/sogno
ou je bi/songe à toi/femme dont j'ai besoin
deux fois/et d'autres encore
 
cet amour est plus difficile que de caguer dans un flacon/
je t'aime de toutes mes forces sans comprendre la vérité/
je vais de la fureur à la douceur/de la douceur à la peine/
avec des cataractes dans les yeux de l'âme.
 
Juan Gelman, Vers le sud et autres poèmes, présenté et traduit de l'espagnol par Jacques Ancer. Préface de Julio Cortazar.
 
 
 

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Crépuscule

Publié le par Fred Pougeard

 

J'attends. je m'enfonce dans la chambre.
Des lions repus se réunissent, incandescents,
Dans les coins, dorment et pâlissent. Pour qui
S'y intéresse, tanné, j'attends.
 
Le temps coule par la fenêtre ; le jour
Répand sur le plancher son dernier
Sang clair. Pliée (grande, diaphane, grise),
Une mite est assise dans la lumière d'ouest.
 
Est assise sur mon coeur, qui, obscurci, ne verse
Point de miel par sa chair perforée
Mais nourrit mes mains et nourrit mes lèvres.
La Lune, la Lune, est à la porte !
 
*
I wait. I deepen in the room.
Fed lions, glowing, congregate
In corners, sleep and fade. For whom
It may concern I, tawny, wait.
 
Time flowing through the window ; day
Spilling on the board its bright
Last blood. Folding (big, gauzy, grey),
A moth sits on the western light.
 
Sits on my heart that, darkened, drips
No honey from its punctured core,
Yet feeds my hands and feeds my lips.
The Moon, the Moon is at the door !
 
Stanley Kunitz, dans Trente-cinq jeunes poètes américains, traduction, préface et choix par Alain Bosquet, Editions Gallimard 1960

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