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Les voix dans l'orme. Elm

Publié le par Fred Pougeard

Je connais le fond, dit-elle. Je le connais par le pivot de ma grande racine :
C'est ce qui te fait peur. 
Moi je n'en ai pas peur : je suis allée là-bas.
 
Est-ce l'océan que tu entends en moi,
Ses griefs, ses insatisfactions ?
Ou la voix du néant qui un jour t'a rendue folle ?
 
L'amour est une ombre.
Tes pleurs, tes mensonges ne sauraient le retenir
Ecoute : ce sont ses sabots : il s'est enfui comme un cheval.
 
Toute la nuit je galoperai avec la même fougue,
Jusqu'à ce que ta tête soit une pierre, ton oreiller un champ de course.
Où l'écho viendra retentir.
 
A moins que je ne t'apporte le bruit sourd d'un poison ?
Voici la pluie, et ce calme énorme est
Son fruit, couleur de fer-blanc, comme l'arsenic.
 
J'ai subi les atrocités des couchers de soleil
Me suis desséchée jusqu'à la racine
Et mes fibres brûlent, et je lève une main de barbelés rouges.
 
J'explose et mes éclats volent comme des massues.
Un vent d'une telle violence
Ne tergiverse pas : il faut que je hurle.
 
La lune non plus n'a pas de pitié : elle voudrait m'attirer
A elle, stérile et cruelle.
Sa splendeur me foudroie. Ou peut-être est-ce moi qui l'ai attrapée.
 
Je la laisse partir. Je la laisse partir
Plate et diminuée comme après une cure radicale.
Combien tes mauvais rêves me possèdent, me ravissent.
 
Je suis cette demeure hantée par un cri.
La nuit ça claque des ailes
Et part toute griffe dehors, chercher de quoi aimer.
 
Je suis terrorisée par cette chose obscure
Qui sommeille en moi ;
Tout le jour je devine son manège, je sens sa douceur maligne.
 
Des nuages passent et se volatilisent.
Sont-ils les visages de l'amour, ces disparus livides ?
Est-ce pourquoi j'ai le coeur bouleversé ?
 
C'est là toute l'étendue de ma connaissance.
Qu'est-ce donc maintenant que ce visage
Sanguinaire dans son étranglement de branches ?-
 
Son sifflement de serpents acides
Pétrifie la volonté. C'est la faille isolée, l'erreur lente
Qui tue, qui tue, qui tue.
 
Sylvia Plath, Ariel, traduit de l'anglais par Valérie Rouzeau, The estate of Sylvia Plath 1965, Editions Gallimard 2009

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L'attentive

Publié le par Fred Pougeard

Pour le craintif et l'apeuré, pour l'innocent
Et pour le simple qui n'a pas peur d'avoir peur,
Aussi l'enfant qui ne connaît pas de frontière,
L'amoureux téméraire emporté par la loi
Des flammes de son feu : pour quiconque se quitte
Et se jette vers l'autre, une ivresse est captive
Et son miracle attend celui qui sort de soi.
Tout ce qui donne au lieu de prendre pour tenir,
Ce qui appelle au lieu de dire et de savoir,
Ce qui se vide au lieu de se remplir de tout,
Ce qui se perd au lieu de se chercher toujours
Se retrouve riche soudain comme une source
Emerveillée et cependant inépuisable.
 
Armel Guerne, Le poids vivant de la parole. Solaire 1983. Editions Federop 2007

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