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I was young here.

Publié le par Fred Pougeard

 

Il est vrai qu’il n’y a pas assez de beauté dans le monde.
Il est vrai aussi qu’il n’est pas de ma compétence de lui en redonner.
(…)

Je suis
au travail, bien que silencieuse.

La fade

misère du monde
nous serre de chaque côté, comme une allée

bordée d’arbres ; nous sommes

ensemble ici, sans parler,
chacun dans ses pensées ;

derrière les arbres le fer forgé
des portails de maisons privées,
pièces aux volets fermés,

l’air désert, abandonné,

comme si l’artiste avait
le devoir de créer
de l’espoir, mais avec quoi ? avec quoi ?

le mot lui-même,
faux, un artifice pour réfuter
la perception – À l’intersection,

les lumières ornementales de la saison.

J'étais jeune alors. Voyageant
en métro avec mon petit livre
comme pour me défendre
 
contre ce même monde :
 
tu n'es pas seule,
disait le poème
dans le sombre tunnel.
 
*
 
It is true there is not enough beauty in the world.
It is also true that I am not competent to restore it.
(...)
Neither is there candor, and here I may be of some use.
I am
at work, though I am silent.
The bland
misery of the world
bounds us on either side, an alley
lined with trees; we are
companions here, not speaking,
each with his own thoughts;
behind the trees, iron
gates of the private houses,
the shuttered rooms
somehow deserted, abandoned,
as though it were the artist’s
duty to create
hope, but out of what? what?
the word itself
false, a device to refute
perception-At the intersection,
ornamental lights of the season.
I was young here. Riding
the subway with my small book
as though to defend myself against
 
this same world:
 
you are not alone,
the poem said,
in the dark tunnel.
 
Louise Glück, extrait d'October (2004) traduit de l'américain par Claire Vajou, cité dans Résistance à la poésie de James Longenbach, éditions de Courlevour 2013 
 

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Nous vivons...

Publié le par Fred Pougeard

Nous vivons ici-bas une main serrée sur la gorge. Que rien ne soit possible était chose connue de ceux qui inventaient des pluies et tissaient des mots avec la torture de l'absence. C'est pourquoi il y avait dans leurs prières un son de mains éprises du brouillard. 

Alejandra Pizarnik, L'Arbre de Diane, dans Oeuvre poétique, traduction de l'espagnol (Argentine) par Claude Couffon. Editions Actes Sud 2005

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