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Doucement avec l'ange

Publié le par Fred Pougeard

Pense à tes grimaces de fou entre tes murs
à ta passion d'enfant puni pour le rien faire
à la honte de ton nom la honte de parler
à tes hurlements de rage en direction du monde
à tes longs pets les soirs de contrariété
au désespoir de jamais réussir à être toi
à tous ces ratés queue en main bel étonné
aux hommes évalués d'un sale oeil tout rancune
à ton envie quelquefois de mordre en pleine chair
à tes sursauts de peur au moindre bruit dans le silence
à tes adieux de lâche aux femmes abandonnées
à tes injures en secret vers les contradicteurs
aux bestioles massacrées à tes coups de pied au chien
à tes stations devant la glace en murmurant pauvre con
alors doucement avec l'ange hein doucement
 
Ludovic Janvier, Entre jour et sommeil, Seghers 1992
 

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Peut-être jeunesse n'est-elle...

Publié le par Fred Pougeard

Peut-être jeunesse n'est-elle que cet
amour sans fin des sens, et ne rien regretter.
 
*
Traverser un village... et là voir
de calmes enfants s'éveiller à un souffle
de musique et danser. S'éloigne
leur forme ou leur couleur : un songe. Vivante reste
la douce persuasion d'une trame
serrée d'amour qui inquiète le monde.
 
*
Amour en aumône, solfège.
Oh lumière de midi sans un signe.
Renaîtra plus tard, riche d'ailes
l'incendie des souvenirs personnels.
 
*
 
Chaste il s'en va, et sage tourne
loin de son travail et des portes.
Ô le soudain amour qui parfois
fait pleurer un homme contre un mur ou la nuit.
 
*
 
Au monde existe-t-elle encore la beauté ?
Oh je ne dis pas le fin visage.
Mais à la gare tout plein d'ébriété
le garçon les yeux vers ses lointains rivages.
 
***
 
Forse la giovenezza è solo questo
perenne amare i sensi e non pentirsi.
 
*
 
Traversare un paese... e li vedere
cheti fanciulli ridestari a un soffio
di musica e danzare. S'allontana
forma o colore : un sogno. Viva resta
la dolce persuasione di una fitta
rete d'amore ad inquietare il mondo.
 
*
 
Amore in elemosina, solfeggio.
Oh luce del meriggio senza un cenno.
Ritornerà più tardi, ricco d'ali
l'incendio dei ricordi personali.
 
 
Se no va tutto casto, e savio svolta
lungi dal suo lavoro e dalle porte.
O l'improviso amore onde tavolta
lacrima un uomo contro un muro o notte.
 
*
 
Esiste ancora al monda la bellezza ?
Oh non intendo i lineamenti fini.
Ma alla stazione carico di ebrezza
il givane con gli occhi ai suoi lontani lidi.
 
Sandro Penna, Croce e delizia, Croix et délice et autres poèmes (1927-1977). Suivi de Le monde poétique de Sandro Penna, contributions de Natalia Ginzburg, Amelia Rosselli et Pier Paolo Pasolini. Traduit de l'italien par Bernard Simeone. Ypsilon editeur 2018
 
Photo : Sandro Penna et Pier Paolo Pasolini
 
 
 
 
 

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