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C'est mauvais, certes. Mais ce n'est pas de la poésie.

Publié le par Fred Pougeard

Épilepsie. Glioblastome multiforme. Chirurgie. Encore épilepsie. Encore chirurgie. Tout ce qui rime en thérapie. On y survit. Je suis ici.
 
Parfois lutter de toutes ces forces n'est pas suffisant. il faut alors lutter aussi de toutes ses faiblesses.
 
Me voilà frappé d'une vilaine punition. Et bien trop las maintenant pour entreprendre de la mériter.
 
Dans mon lit d'hôpital, j'essayais d'inventer le comique couché.
 
À présent que se sont amoindries mes facultés cognitives, je vais peut-être enfin pouvoir commencer à écrire.
 
APHORISMES. Petit nécessaire de pêche généralement constitué de deux ou trois trous reliés par un fil.
 
(...)
 
Les paroles s'envolent. Les écrits s'écrasent.
 
Quand quelqu'un me regarde, je n'ai aucune idée de ce qu'il voit, et lui non plus.
 
L'âme ? Un simple rot d'anthropophage.
 
Nous fonçons tête baissée en direction d'un mur que nous n'atteindrons pas.
 
Ce qu'il y a de formidable avec la fin du monde, c'est qu'elle fera taire une fois pour toutes les prophètes de malheur.
 
J'admets que les grincheux prêtent à rire, mais une société hilare a quelque chose d'accablant.
 
Abîmes de vulgarité, vous êtes si bien éclairés.
 
La nature a horreur du vide, lequel n'a d'autre choix que de se réfugier dans la culture.
 
Que nous cachent ces milliards d'écrans ?
 
On n'arrête pas le progrès. Mais on peut demander à voir son permis de conduire.
 
N'insultons que le passé. Il ne risque pas de demander réparation. 
 
Il vaut mieux remettre au lendemain ce qu'on aurait dû faire il y a vingt ans.
 
Ne poussez pas derrière ! Le précipice est assez vaste pour tout le monde !
 
Au moins nous faisons la fierté de notre père Ubu.
 
Que sont mes amis parvenus ?
 
La réalité dépasse l'affliction.
 
Un bon fado triste peut seul vous consoler de n'avoir plus de peine.
 
Oui la vérité sort de la bouche des enfants. Mais seulement le jour de leur naissance.
 
Notre civilisation est si parfaite qu'elle ne génère plus le moindre ermite depuis longtemps. Seulement quelques centaines de millions d'exclus involontaires. 
 
Il faudrait pouvoir bouder sa peine comme on boude son plaisir.
 
Dans cette grille de mots croisés, il y a plus de poésie et d'aperçus originaux sur la réalité que dans la plupart des livres de la rentrée.
 
J'ai vu mon neurochirurgien, mon radiothérapeute et mes deux oncologues ce matin. Ils avaient l'air en forme.
 
Si je n'étais Tintin, je voudrais être Diogène.
 
Maintenant que la cigarette est interdite, on voit moins bien toute la fumée qui s'exhale de nos bouches.
 
Fera-t-il beau dans vingt milliards d'années ?
 
Je crois avoir vexé, l'autre jour, un grand homme. Je ne serai pas né pour rien.
 
On a beaucoup écrit sur l'indicible.
 
C'est mauvais, certes. Mais ce n'est pas de la poésie.
 
Normand LalondeAutoportrait aux yeux crevés. Aphorismes. L'oie de Cravan, Montréal, 2016.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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La voie nomade

Publié le par Fred Pougeard

Ô rompre les amarres
Partir partir
Je ne suis pas de ceux qui restent
La maison le jardin tant aimés
Ne sont jamais derrière mais devant
Dans la splendide brume
Inconnue.
 
(...)
 
Endormez-vous mes terres
Mes atlantides endormez-vous
Je garde en moi l'appel

Ébloui des rivières

J'emporte la flûte

Ardente de tous les chants

 

Je sais que la nuit sera longue

Et que le froid me brûlera

Les yeux que le scorpion me guette

En silence et que des chiens avides

Gardent la porte du jour

 

Peut-être qu'à la fin du jour

Se lèvera d'entre les harpes

La brise du désert

Plus ineffable que le rossignol

Et que seul peut entendre

le cœur intemporel

 

Si le temps me touche

Si la mort m'arrête

Alors que ce soit

D'un doigt éblouissant

 

Ce n'est pas l'ombre que je cherche

Ni l'humble signe

De la halte sous les palmiers

Tranquilles ni l'eau ni l'ange

Gardien d'oasis

Je cherche le chemin qui dure

Toujours toujours toujours

 

(...)

 

L'âme bleuie par le froid

Quelle surprise pour la mort

Qui l'ouvrira

D'y trouver la fraîcheur sucrée

De la figure mûre. 

 

(...)

 

Ce n'est pas 

au moment de mourir tous les cris

Déchirants de la terre que j'emporterai

Toutes les larmes non

Mais ce rire d'enfant comme un chevreuil

Qui traverse la foudre

 

(...)

 

Anne Perrier, La Voie nomade, La Dogana, Genève (1986), repris avec Le Livre d'Ophélie aux éditions Zoé (2018)

 

 
 

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