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Alléluia

Publié le par Fred Pougeard

Alléluia

Tout est passé, la fleur d'avril,
La fleur du temps, la fleur de l'âge,
L'Étoile qui fut de passage
Au ciel fané, qu'en reste-t-il ?

Pas à pas le pied affaibli
De qui s'en va vers la nuit noire
A perdu d'oubli en oubli
Ses chemins à travers mémoire.

Mais en l'ombre où l'Étoile a lui
De premier heur en fin dernière
S'élève au retour d'aujourd'hui
L'Alléluia de la poussière

18 avril 1967

Marie Noël, Chants des Quatre-Temps, Stock 1972

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On choisit

Publié le par Fred Pougeard

On choisit

Décimée, desséchée,
coupée en plusieurs parties
comme les rêves,
je veux cependant
celle-ci, et non une autre façon
d'être vivante ;
celle-ci, et non une autre façon de mourir ;
ce soubresaut,
et non plus l'habituel demi-sommeil.
Comme une ombre de soi-même
ou comme la flamme violente d'une allumette.
Il n'y a pas d'autre alternative
ni nouveau signe identifiant.
Pas d'autre mort.
Pas de plus grande vie.

Ida Vitale. Oidor Andante (Auditeur errant) traduit de l'espagnol (Uruguay) par Sylvie Baron Supervielle. Montevideo, Ediciones Arca, 1972. Éditions du Seuil mai 2016.

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EXTÉRIEURS Atlas, Sahara KSAR, DJEBEL SARHO

Publié le par Fred Pougeard

EXTÉRIEURS Atlas, Sahara KSAR, DJEBEL SARHO

Derrière l'incendie des murs
se décomposent les heures
dans la plus lente horloge du monde.

Nul ne marche sur la terre.
Nul ne vole dans les airs.

Dans un feu, c'est la vie qui passe,
aveugle comme une chouette
et sourde comme une caille.

Cees Nooteboom, Ouvert comme une conque, fermé comme une pierre, 1982, dans Le visage de l'oeil, traduit du néerlandais par Philippe Noble, Actes Sud 2016

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Arrêt au village, le dernier recours didactique

Publié le par Fred Pougeard

Arrêt au village, le dernier recours didactique

J'ai souvent parlé avec des hommes devenus pauvreté
ils parlaient sachant de quoi il en retournait
de leur sort et du mauvais gouvernement au loin
ils avaient même une certaine grandeur farouche dans le regard

jusqu'à ce jour-là je n'avais encore jamais parlé
avec des hommes sans pesanteur, plus étrangers
à nos présences que les martiens de notre terre
nos mots passaient à côté d'eux en la fixité parallèle
de leur absence

ce jour-là me poursuit comme ma propre fin
possible, un homme avec des yeux de courant d'air
dans le maintien inerte d'une exacte forme humaine
(je vois ces lueurs pourpres de coke dans leur main
j'entends ces craquements de chips entre leurs dents
et ce juke-box soulevant des ressacs engloutissant
d'un mur à l'autre)

cette vision me devance : un homme de néant
silence, avec déjà mon corps de grange vide, avec
une âme pareillement lointaine et maintenue minimale
par la meute vacante de l'aliénation, d'où parfois
d'un fin fond inconnu arrive une onde perceptible...

m'est témoin Paul-Marie Lapointe, en 1965, un soir de pluie cafouilleuse
et de mer mêlée de tempête
en notre Gaspésie.

Gaston Miron, L'homme rapaillé, Presses de l'Université de Montréal, 1970. Éditions Gallimard, 1999

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Si la honte le fait se retourner la nuit...

Publié le par Fred Pougeard

Si la honte le fait se retourner la nuit...

Si la honte le fait se retourner la nuit,
Chercher le sommeil pour cacher son visage
C’est qu’il voit avec les yeux de la conscience
Celui qu’on disait un garçon intraitable
Revenir juger l’homme qui l’a trahi.
Plutôt plaider coupable qu’en guise de défense
Se prévaloir d’une sagesse acquise.

Le chemin qui va d’hier à aujourd’hui
Semble obscur parfois et si plein de détours
Qu’il n’est guère aisé de s’y reconnaître
Non plus que d’en justifier le parcours
Auprès d’un enfant qui le commence à peine.
Il a beau trembler chaque nuit davantage,
Le cœur n’a pas perdu sa jeune fierté.
Oublie ses défaillances, pardonne-lui
D’avoir tant de mal à battre sans avoir peur
De l’ennemi qui est dans la place et le guette.

Que vienne le jour l’en délivrer, qu’il vienne
Adoucir ce regard d’ange justicier
Où se reflète sa sainte colère d’autrefois
Tournée contre soi infidèle à l’enfance
Et déjà soumis avant même de se rendre.

Louis René des Forêts, Poèmes de Samuel Wood, Editions Fata Morgana 1988

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Avec toi

Publié le par Fred Pougeard

Avec toi

Turquoise rafale fuient
Par couples les perroquets
Véhémences
Le monde flambe
Un arbre
Bouillonnant de corbeaux
S'embrase sans brûler
Immobile
Parmi les hauts tournesols
Tu es
Pause de la lumière
Le jour
Un vaste mot clair
Battements de voyelles
Tes seins
Mûrissent sous mes yeux
Ma pensée
Est plus légère que l'air
Je suis réel
Je vois ma vie je vois ma mort
Le monde est réel
Je vois
J'habite une transparence

Octavio Paz, Versant Est (1962-1968), poèmes traduits de l'espagnol par Yesé Amory, Editions Gallimard 1970

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Programme de principe

Publié le par Fred Pougeard

Programme de principe

La prochaine fois que je viendrai au monde ici je transcrirai chaque minute dès le début. Je n'en consommerai pas une seule sans réfléchir d'abord, et le cas échéant j'arrêterai le temps afin qu'il attende ma décision. Je choisirai les jours de calme, le travail, les nuits ardentes, les proches les plus sages, mes amours les plus belles et les plus fidèles. Avant la scène de l'amour, pendant et après, ni mon partenaire ni moi-même ne devrons nous sentir étrangers. Jamais, si la vie dépérit et avec elles toutes les choses, je ne me dirai que demain il sera trop tard.

Pentti Holappa, La bannière jaune (1988) dans, Les mots longs, poèmes 1950-2003. Traduit du finnois par Gabriel Rebourcet Editions Gallimard 1997

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Chardon argenté /Silberdistel

Publié le par Fred Pougeard

Chardon argenté /Silberdistel

S'en tenir
à la terre

Ne pas jeter d'ombre
sur d'autres

Etre dans l'ombre des autres
une clarté

Sich zurückhalten
an der Erde

Keinen Schatten werfen
auf Andere

Im Schatten der Anderen
leuchten

1978

Reiner Kunze, Auf Eigene Hoffnung, Aux risques et espoirs, traduit de l'allemand par Mireille Gansel, Cheyne Editeur 2001-2002

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Le paradis sur les toits

Publié le par Fred Pougeard

Le paradis sur les toits

Le jour sera tranquille, froidement lumineux
comme le soleil qui naît ou qui meurt
et la vitre hors du ciel retiendra l'air souillé.

On s'éveille un matin, une fois pour toujours,
dans la douce chaleur du dernier sommeil : l'ombre
sera comme cette douce chaleur. Par la vaste fenêtre
un ciel plus vaste encore remplira la chambre.
De l'escalier gravi une fois pour toujours
ne viendront plus ni voix ni visages défunts.

Il sera inutile de se lever du lit.
Seule l'aube entrera dans la chambre déserte.
La fenêtre suffira à vêtir chaque chose
d'une clarté tranquille, une lumière presque.
Elle posera une ombre décharnée sur le visage étendu.
Les souvenirs seront des noeuds d'ombre
tapis comme de vieilles braises
dans la cheminée. Le souvenir sera la flamme
qui mordait hier encore dans le regard éteint.

Cesare Pavese, Travailler fatigue, traduit de l'italien par Gilles de Van, Editions Gallimard 1969

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Toute possibilité de souffler...

Publié le par Fred Pougeard

Toute possibilité de souffler...

Toute possibilité de souffler comme de revenir en arrière lui étant retirée, ce vagabondage forcé lui donne l'illusion de couvrir des distances et d'avancer du même pas que la passion qui le conduit là où il trouvera peut-être ce qu'à défaut de chercher il avait longtemps attendu, mais quoi au juste il n'en sait rien, et c'est de son ignorance de la fin poursuivie qu'il tire la force de persévérer sur une voie qui en vaut bien une autre, même si elle semble destinée à faire trébucher plus qu'à être parcourue. En est-il d'ailleurs aucune qui puisse s'emprunter sans risque et mener dans la bonne direction ? L'explorateur d'une terre inconnue met autant d'énergie à en affronter les périls qu'à en reculer les limites : l'absence de repères, l'hostilité des éléments et d'une nature encore brute le stimulent plutôt qu'elles ne l'arrêtent.
De ce chaos désolé tout cependant l'engagerait à se détourner, si ce n'était ruiner le mouvement qui l'y a conduit, signer son échec avant même d'avoir échoué. Il lui faut donc aller son chemin jusqu'aux bornes extrêmes de l'endurance, dût-il se déchirer cruellement aux épines, traverser en suffoquant tous les feux de l'enfer pour ne déclarer forfait qu'à la veille d'en toucher le terme qui sera le moment de mourir comme chacun sans avoir établi sa preuve.

Louis René des Forêts, Ostinato, Mercure de France 1997

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