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Avec toi

Publié le par Fred Pougeard

Avec toi

Turquoise rafale fuient
Par couples les perroquets
Véhémences
Le monde flambe
Un arbre
Bouillonnant de corbeaux
S'embrase sans brûler
Immobile
Parmi les hauts tournesols
Tu es
Pause de la lumière
Le jour
Un vaste mot clair
Battements de voyelles
Tes seins
Mûrissent sous mes yeux
Ma pensée
Est plus légère que l'air
Je suis réel
Je vois ma vie je vois ma mort
Le monde est réel
Je vois
J'habite une transparence

Octavio Paz, Versant Est (1962-1968), poèmes traduits de l'espagnol par Yesé Amory, Editions Gallimard 1970

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Programme de principe

Publié le par Fred Pougeard

Programme de principe

La prochaine fois que je viendrai au monde ici je transcrirai chaque minute dès le début. Je n'en consommerai pas une seule sans réfléchir d'abord, et le cas échéant j'arrêterai le temps afin qu'il attende ma décision. Je choisirai les jours de calme, le travail, les nuits ardentes, les proches les plus sages, mes amours les plus belles et les plus fidèles. Avant la scène de l'amour, pendant et après, ni mon partenaire ni moi-même ne devrons nous sentir étrangers. Jamais, si la vie dépérit et avec elles toutes les choses, je ne me dirai que demain il sera trop tard.

Pentti Holappa, La bannière jaune (1988) dans, Les mots longs, poèmes 1950-2003. Traduit du finnois par Gabriel Rebourcet Editions Gallimard 1997

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Chardon argenté /Silberdistel

Publié le par Fred Pougeard

Chardon argenté /Silberdistel

S'en tenir
à la terre

Ne pas jeter d'ombre
sur d'autres

Etre dans l'ombre des autres
une clarté

Sich zurückhalten
an der Erde

Keinen Schatten werfen
auf Andere

Im Schatten der Anderen
leuchten

1978

Reiner Kunze, Auf Eigene Hoffnung, Aux risques et espoirs, traduit de l'allemand par Mireille Gansel, Cheyne Editeur 2001-2002

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Le paradis sur les toits

Publié le par Fred Pougeard

Le paradis sur les toits

Le jour sera tranquille, froidement lumineux
comme le soleil qui naît ou qui meurt
et la vitre hors du ciel retiendra l'air souillé.

On s'éveille un matin, une fois pour toujours,
dans la douce chaleur du dernier sommeil : l'ombre
sera comme cette douce chaleur. Par la vaste fenêtre
un ciel plus vaste encore remplira la chambre.
De l'escalier gravi une fois pour toujours
ne viendront plus ni voix ni visages défunts.

Il sera inutile de se lever du lit.
Seule l'aube entrera dans la chambre déserte.
La fenêtre suffira à vêtir chaque chose
d'une clarté tranquille, une lumière presque.
Elle posera une ombre décharnée sur le visage étendu.
Les souvenirs seront des noeuds d'ombre
tapis comme de vieilles braises
dans la cheminée. Le souvenir sera la flamme
qui mordait hier encore dans le regard éteint.

Cesare Pavese, Travailler fatigue, traduit de l'italien par Gilles de Van, Editions Gallimard 1969

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Toute possibilité de souffler...

Publié le par Fred Pougeard

Toute possibilité de souffler...

Toute possibilité de souffler comme de revenir en arrière lui étant retirée, ce vagabondage forcé lui donne l'illusion de couvrir des distances et d'avancer du même pas que la passion qui le conduit là où il trouvera peut-être ce qu'à défaut de chercher il avait longtemps attendu, mais quoi au juste il n'en sait rien, et c'est de son ignorance de la fin poursuivie qu'il tire la force de persévérer sur une voie qui en vaut bien une autre, même si elle semble destinée à faire trébucher plus qu'à être parcourue. En est-il d'ailleurs aucune qui puisse s'emprunter sans risque et mener dans la bonne direction ? L'explorateur d'une terre inconnue met autant d'énergie à en affronter les périls qu'à en reculer les limites : l'absence de repères, l'hostilité des éléments et d'une nature encore brute le stimulent plutôt qu'elles ne l'arrêtent.
De ce chaos désolé tout cependant l'engagerait à se détourner, si ce n'était ruiner le mouvement qui l'y a conduit, signer son échec avant même d'avoir échoué. Il lui faut donc aller son chemin jusqu'aux bornes extrêmes de l'endurance, dût-il se déchirer cruellement aux épines, traverser en suffoquant tous les feux de l'enfer pour ne déclarer forfait qu'à la veille d'en toucher le terme qui sera le moment de mourir comme chacun sans avoir établi sa preuve.

Louis René des Forêts, Ostinato, Mercure de France 1997

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Onde

Publié le par Fred Pougeard

Onde

Un onde
un train d'ondes
…………………………….

Venant d'un lointain
allant vers des lointains
une onde prend mon centre à part
montrant, visant l'essentiel.

le particulier sombre

Des impatiences se livrent à la patience
désignant les défauts sur fond surnaturel

aspirations

assujetti au sans borne
perdant sa volonté propre
ses orientations à soi

Une onde a éloigné le monde que blessure
accompagnait

Une ouverture explore
un moutonnement passe
la poitrine à son tour s'ouvre

appel à l'expatriation
ruisseau lucide
qui torrentiellement engage, emporte

aube
le tréfonds devient premier
les moments du momentané ont naufragé

l'Unique apparaît au désassoupi

Pinceaux de pureté, de plus de pureté

horizons d'une délicatesse...

s'affaissent alors les postures querelleuses

Ravissement dans l'élémentaire
cependant que se retire la chaleur des membres.

Un jour, il y a mille ans, j'étais lourd
je ne connaissais pas l'arche du Connaissable
j'avais besoin de tous mes besoins
fugueur
et tout m'incisait

un nouveau moi avance

Henri Michaux, Jours de silence, Editions Fata Morgana 1978

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Vieille Europe

Publié le par Fred Pougeard

Vieille Europe

Sous d'assombris lambris dorés
confiserie du néant
en frac noir deux hommes du monde
luttent à mort se mordant le sang
mais frêle sous les firmaments
l'enfant morveux sur les remparts
regarde l'Ourse et le Chariot
les yeux plongés dans leurs étoiles
son pot de lait pâle dans la main.

Jean Follain, Usage du temps, Gallimard 1943.

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Je suis entré à la place du fauve dans la cage...

Publié le par Fred Pougeard

Je suis entré à la place du fauve dans la cage...

Je suis entré à la place du fauve dans la cage,
ai gravé mon terme et mon surnom au clou sur le bat-flanc,
vécu au bord de l'eau, joué à la roulette,
dîné avec le diable seul sait qui, en habit.
Du sommet d'un glacier, j'ai contemplé le monde,
par trois fois j'ai coulé, deux fois on m'a ouvert.
Le pays qui m'avait nourri, je l'ai lâché.
Ceux qui m'ont oublié formeraient une ville.
J'ai parcouru la steppe pleine encore de la clameur du Hun,
porté ce qui est de nouveau à la mode,
semé le seigle, couvert de tôle noire l'aire à battre,
ne me suis abstenu que d'eau sèche.
Mes rêves font sa place à l'oeil noir d'acier des gardiens,
j'ai dévoré le pain d'exil avec sa croûte,
permis tous les sons à ma gorge sauf le hurlement,
en suis venu au murmure. Maintenant j'ai quarante ans.
Qu'ai-je à dire de la vie ? Qu'elle fut longue.
Du malheur seul je me sens solidaire.
Mais tant qu'on ne m'a pas de terre comblé la bouche,
il n'en sortira que de la gratitude.

(traduit par Veronique Schilz)

Joseph Brodsky, Vertumne et autres poèmes, traduit du russe par Hélène Henry, André Markowicz et Veronique Schilz. Gallimard 1993.

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Sont les fleuves

Publié le par Fred Pougeard

Sont les fleuves

Nous sommes le temps. Nous sommes
la parabole fameuse d'Héraclite l'Obscur.
Nous sommes l'eau, et non le dur diamant,
l'eau qui se perd, non celle qui repose.
Nous sommes le fleuve et nous sommes ce Grec
qui se voit dans le fleuve. Son reflet
change dans l'eau de ce miroir changeant,
dans le cristal, pareil au feu, qui bouge.
Nous sommes l'inutile flot, déjà fixé,
en marche vers sa mer. L'ombre l'enserre.
Tout nous dit son adieu, tout s'éloigne.
La mémoire ne frappe plus sa monnaie.
Mais il y a cependant quelque chose qui dure,
mais il y a cependant quelque chose qui pleure.

Jorge Luis Borges, Los conjurados (Les conjurés) Traduit de l'espagnol (Argentine) par Claude Esteban. Emecé editores, Buenos Aires 1988. Editions Gallimard 1988

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Les justes

Publié le par Fred Pougeard

Un homme qui cultive son jardin, comme le souhaitait Voltaire.
Celui qui est reconnaissant à la musique d'exister.
Celui qui découvre avec bonheur une étymologie.
Deux employés qui dans un café du Sud jouent une modeste partie d'échecs.
Le céramiste qui médite une couleur et une forme.
Le typographe qui compose bien cette page, qui peut-être ne lui plaît pas.
Une femme et un homme qui lisent les derniers tercets d'un certain chant.
Celui qui caresse un animal endormi.
Celui qui justifie ou cherche à justifier le mal qu'on lui a fait.
Celui qui est reconnaissant à Stevenson d'exister.
Celui qui préfère que les autres aient raison.
Tous ceux-là, qui s'ignorent, sauvent le monde.

Jorge Luis Borges, La Cifra (Le Chiffre). Traduction de Claude Esteban. Emecé editores 1981, Éditions Gallimard 1988

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