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Poème-lettre

Publié le par Fred Pougeard

on est allés jusqu'à ne plus savoir
comment
plus loin
 
un mur
indéfiniment
 
un jour
on ira
plus loin
 
d'ici là
le temps
comme pauvre
et la force prise dans l'attente
tendue 
sans bouger
 
on reste 
en face
 
à la longue
ça devrait
déplacer
le pays
 
ou bien
jusqu'à ne plus tenir
n'être plus tenu
 
un matin
il y aura
une mémoire d'eau
une vaste pluie devant
rien d'autre
 
on viendra au jour
avec seulement
dedans
le temps ou l'air
 
on sera devenu
assez léger
pour passer
 
Antoine Emaz, Poème-lettre, Première publication, coédition Jacques Brémond-Atelier des drames, mise en page Anik Vinay, coll."Lettre suit", 4 mars 1995. Dans Caisse claire, poème 1990-1997, éditions Point 2007
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Etoile filante

Publié le par Fred Pougeard

Sans le Dieu de l'amour
sans l'amour de Dieu
ainsi passent les ans
 
Ainsi passe à la volée
la vanité
du monde qui est le mien
 
Pendant ce temps
ce grand génocidaire
aiguise ses faux
 
Et au plus profond
de mon cœur
les dieux brillent
par leur absence
 
*
 
Sin el dios del amor
sin el amor a Dios
así pasa volondo
la vanagloria
de mi mundo
 
Mientras tanto el tiempo
ese gran genocida
afila su gadañas

Y en lo más hondo
de mi corazón
los dioses brillan
por su ausencia
 
Óscar Hahn, Peine de vie et autres poèmes. traduit de l'espagnol (Chili) par Josiane Gourinchas. Editions Cheyne 2016
 
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Partant de là

Publié le par Fred Pougeard

L'œil augmenté de matériau inerte (horizon acrylique/silicone vallée)
puissant de l'implant —visionVSvoyance, en tréfonds
rétinien bruit de l'enfance elle aussi augmentée
 
je fais quoi
 
bâtonnet progestatif, vigie contraceptive —ventre libéré
du grand péril originel
mais because me poissons ne baisent plus, crapauds
chantent moins virils
 
je fais quoi
 
greffons capillaire, cochléaire, dentaire, mammaire, cœur
pacemaké, vulve excisée reconstruite-remodelée-alignée,
pas de lèvres qui dépassent—vous avez dit nympho-
plastie ?
 
je fais quoi
 
sang, cargo ivre de came, ballottant
pesticides organochlorés, PCB, retardateurs de flammes
bromés, phthalates et autres chimies perfluorées
 
je fais quoi
 
systèmes nerveux, digestifs, endocrinien, aristotélicien,
darwinien, newtonien, formel, combinatoire, arbitraire,
mécatronique, dynamique, éthique, du dehors à l'étant,
stellaire colonisé, décortiqué, atomisé
 
je fais quoi
 
4 à 6 watts pas à pas, biomasse, énergie fossile, renou-
velable, la force en action
L'énergie totale est la somme de l'énergie cinétique et de 
l'énergie potentielle, voyez-vous.
 
je fais quoi
 
je fais quoi
 
​​​​​​​Caïn suréquipé, homme avatar, hyperlié googlelisé, le 
​​​​​​​feu toujours, toujours vent et soleil et pluie, la lune et
les marées —Héraclite hydrolique, éolienne Don
Quichotte, pas à pas ma Rossinante, la cité de demain
— accroissement, expansion, révolution, répétition, crise,
récession/la comédie des sphères
 
et
 
désert qui avance, retour en forêt, tour d'ivoire, HLM,
ZEP, ZUP, périphérie, espace urbain déclassé ou aérien
protégé, interfaces et réseaux, frontières offensives, frappes
ciblées, dégâts collatéraux —se mettre au vert
 
je fais quoi je fais quoi du mystère, de l'élucidation, de
l'héritage, l'hérédité, la descendance, la transmission, la 
préservation
 
je fais quoi
 
la mort, l'infini, l'interminable
Dieu (azote liquide -196°C)
l'imposthume
Gilgamesh, le Cantiques des Cantiques, celui des Oiseaux,
les Lumières et les phares, les Dr Frankenstein, Moreau,
Folamour, l'ADN déchiffré réécrit, le Verbe asséché,
ceux qui n'entrent pas dans l'histoire
 
je fais quoi
 
ta peau ton cœur ton souffle, nervures, rhizomes réels
et fantasmés
nos mots étamines si abeilles décimées
 
biodiversité, l'insondable, l'indicible
 
je fais quoi
 
du Poème
 
Anne MulpasÉchophanies. Tarabuste Editeur 2017
 
 
 
 
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La cité souterraine

Publié le par Fred Pougeard

Les mains en avant à travers la nuit
Nous sommes tous descendus dans une cité souterraine
qui n'en finit pas de s'étendre
et nous nous cherchons les uns les autres
à tâtons sans jamais nous retrouver.
 
Parfois à la lueur faible qui tombe d'en haut
par un puits ou par une faille dans la roche
nous apercevons une trace
une image détruite
un écrit presque illisible une empreinte de pas
et le cœur soudain rempli d'une joie enfantine
nous nous dirigeons de ce côté croyant comprendre le message
mais notre espérance est toujours déçue. 
 
Pourtant ceux que nous cherchons dans cette ville
​​​​​​​c'est eux qui nous avaient promis
de ne jamais nous abandonner :
ils nous avaient comblé les mains et la mémoire
de glorieux vestiges
de tous les dons qui ne s'achètent pas...
Nous avons tout gardé nous sommes fidèles
mais les parjures nous ont trahis
ils nous ont égarés dans le labyrinthe
sans nous laisser le plan ni le trajet ni la clé.
 
Ici nous tournons sur nous-mêmes sans fin
la poussière a recouvert nos trésors plus rien ne brille.
C'est à peine bientôt si nous saurons
nous souvenir des promontoires
d'où l'on embrassait d'un seul coup d'œil
les mers les forêts les collines avec leurs villages,
où tout le monde se retrouvait dans le bruyant cortège
le long des routes bondées de charrois
et dans les rues illuminées
pleines de cris d'enfants.
 
Gassin, 28 novembre 1972
 
 
 
LA FIN DU POÈME
 
C'est la fin du poème. Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.
​​​​​​​On avait commencé par la rime pour enfants. On avait cherché des ondes de choc dans d'autres rythmes. On avait gardé le silence, ensuite murmuré : on cherchait à se rapprocher du bruit que fait le cœur quand on s'endort ou du battement des portes quand le vent souffle. On croyait dire et on voulait se taire. Ou faire semblant de rire. On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout, grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre. 
​​​​​​​Mais on avait compté sans la dispersion souveraine. Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l'espace, —qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu'il est possible de concevoir. Le vertige secoue les miettes après le banquet.
 
Jean Tardieu, Formeries, 1976, dans L'Accent grave et l'accent aigu, Poèmes 1976-1983, Editions Gallimard. 
 
Illustration : Pol Bury, trois portraits ramollis de Jean Tardieu,
 
 
 
 
 
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Dernier fragment

Publié le par Fred Pougeard

 

Et as-tu reçu ce que
tu voulais de cette vie, malgré cela ?
Oui.
Et que voulais-tu ?
Me dire bien-aimé, me sentir
bien aimé sur la Terre.
 
Raymond Carver, A New path to the waterfall (1989), Jusqu'à la cascade dans Poésie, traduit de l'anglais par Jacqueline Huet, Jean-Pierre Carasso et Emmanuel Moses. Editions de l'olivier 2015.
 
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Et puis arrive le temps des regrets...

Publié le par Fred Pougeard

Et puis arrive le temps des regrets.

Dans la demi-lumière des réverbères,

dans la pénombre des illuminations

nous ne reconnaissons plus nos maîtres.

 

Une ombre s’avance entre nous,

vit, palpite, nous repousse

et victorieuse un instant

rassemble ses courtisans.

 

Toute vie n’est qu’un battement de cœur,

un bruit de phrases, un clapotis de fautes,

une nuit sur la barque du sexe

qui descend le ruisseau du silence.

 

Adieu, création tardive

de mes largesses importunes,

chute amère de mes triomphes,

envol de ma tendresse fragile.

 

O Seigneur, tu marches par le monde

pendant que nous parlons à mi-voix,

tu t’avances d’un pas cruel

et tu respires mon visage.

 

Tu veux, dans l’herbe sombre

coudre aux défaites humiliantes

les grains interstices du temps

sur l’asphalte des vainqueurs.

 

Toute chose arrive lentement

et me crie : vis donc, vis,

tourne, tourne devant moi,

comme la ronde folle de l’amour.

 

Luis sur les semailles douloureuses

et sur les chagrins de chaque jour,

hausse les épaules dans la nuit

et pleure sur tous les hommes.

 

Joseph Brodsky, Collines et autres poèmes. Traduit du russe par Jean-Jacques Marie. préface de Pierre Emmanuel. Editions du Seuil 1966

 

Photo, Joseph Brodsky (1980) par Marianna Volkova

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Nuit qui déborde du corps

Publié le par Fred Pougeard

Jasmin sur les nuits de juillet. Chanson
Pour deux étrangers qui se rencontrent sur une rue qui ne mène nulle part
Qui suis-je après ces deux yeux en amande ?
Dit l'étranger
Qui suis-je après ton exil en moi ? Dit l'étrangère
Prenons garde alors, à ne pas remuer le sel des mers anciennes.
Dans un corps qui se souvient
Elle lui restituait son corps chaud
Et il lui restituait son corps chaud
​​​​​​​Ainsi les deux amants étrangers laissent leurs amours en désordre
Comme ils abandonnent leur sous-vêtements entre les fleurs des draps
— Si tu es vraiment mon aimé, compose un Cantique des cantiques pour moi
Et grave mon nom sur la branche d'un grenadier, dans les jardins de Babylone
—Si tu m'aimes vraiment, place mon rêve entre mes mains et dis
Dis au fils de Marie : Ainsi, tu nous fais subir le sort que tu t'es choisi
Seigneur, sommes-nous assez justes, pour l'être demain
Ils font l'obscurité ensemble, dans des ombres qui dansent au plafond de sa chambre
Elle lui dit : Ne sois pas ténébreux après mes seins
Il dit : Tes seins, nuits qui éclairent l'essentiel
Nuits qui me couvrent de baisers, et nous sommes emplis
Le lieu et moi, de nuits qui débordent de la coupe
Elle rit de sa description. Et elle rit encore
Lorsqu'elle cache le pente de la nuit dans sa main
— Mon amour, s'il m'était donné d'être un garçon, je serais toi
— Et s'il m'était donné d'être une fille, je serais toi
Et elle pleure comme à son habitude lorsqu'elle revient d'un ciel couleur de vin
Emmène-moi Etranger, dans un pays où
Je ne possède pas un oiseau bleu sur un saule
​​​​​​​Et elle pleure, pour traverser ses forêts dans le ont départ vers elle-même. Qui suis-je ?
​​​​​​​Qui suis-je après ton exil dans mon corps ?
Ah cette peine qui me vient de moi, de toi de mon pays
​​​​​​​Qui suis-je pars ces deux yeux en amande ?
Montre-moi mon lendemain !
Ainsi les deux amants laissent leurs adieux en désordre
​​​​​​​Comme le parfum du jasmin sur les nuits de juillet
 
Quand vient Juillet
Le jasmin me porte à une rue qui ne mène nulle part
Mais je chante encore
Jasmin
Sur les nuits
De Juillet
 
​​​​​​​Mahmoud Darwich, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ? poèmes traduits de l'arabe (Palestine) par Elias Sanbar. Riad El-Rayyes Book Ltd 1995. Actes Sud 1996.
 
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Le châtreur

Publié le par Fred Pougeard

Lorsque d'étable en étable roule
le châtreur pour choisir les taureaux
à châtrer, pas besoin de leur toucher 
les boules,
dans les yeux suffit de les fixer :
 
si l'un a le regard doux et cordial,
il est fichu, le châtreur écrabouille
avec sa pince les couilles, et l'animal
de douleur bave et s'agenouille.
 
Mais s'il a le regard bestial et inhumain
et la corne acérée, le châtreur
le gracie, le caresse de la main
et part avec un clin d'œil flagorneur.
 
 
La divinité du taureau
 
C'est un taureau, on le voit bien
quand il aborde la vache, il survient,
 
la lance en arrêt haut dressée,
faisant en l'air ses pattes tournoyer
comme un guerrier ferait tourbillonner
sa massue pour vous fracasser la tête,
 
ses naseaux bouillonnants se vident
de jets de fumées, comme une locomotive
agitant ses pistons à vide.
 
Les paysans le regardent des prés,
cessent le travail tout éberlués :
ils se rappellent que la divinité
est le principe de la fécondité,
et le taureau alors
vaut bien plus que l'encens, que la myrrhe et que l'or.
 
 
Le taureau fasciste
 
Le taureau a la corne en arc bien dessinée
faite exprès pour s'ouvrir une saignée
 
dans le ventre de l'ennemi
il la lui plante dans l'ombilic
 
et il le lance dans les étoiles,
lui arrachant par le trou les entrailles,
 
et quand il tombe à terre il le bombarde
de ruades qui le réduisent en moutarde.
 
Mais la pince à naseaux le retient prisonnier :
tel un fasciste dans sa tenue noire emprisonné,
 
fusil en bandoulière, poignard à la ceinture,
les mains en l'air, l'œil en déconfiture.
 
 
Le taureau et la vache en plastique
 
Maintenant, le taureau est mené en fourgon,
comme un repenti de la mafia,
jusqu'au Centre de Fécondation,
et on le fait sortir dans la cour de ferme
derrière la vache,
dès qu'il la voit se dresse son piston :
il ne sait pas qu'elle n'est qu'un châssis
sans peau, sans os, sans chair.
 
C'est une vache en plastique
avec une vulve élastique,
 
on l'a enduite d'hormones
pour provoquer cinq érections.
 
Le taureau la monte,
la vulve sert de pompe :
 
elle le presse jusqu'au dernier spasme
et ses ventouses saisissent comme des mains :
c'est ainsi, dit Catulle
que Lesbie faisait des Romains.
 
La semence d'une seule éjaculation
est répartie entre deux cents flacons :
pour le taureau c'est un supplice,
pour son maître ce sont soixante millions.
 
 
Après la monte
 
Après la monte, le taurillon
reste apathique pendant quelques jours,
mais son maître tourne tout autour
en répétant : "Réveille-toi, mignon !"
 
Un soupçon naît dans l'oeil de l'animal :
"Mais était-ce bien une vraie vache ?"
en réponse il reçoit une ration spéciale,
et mange et mange à s'en crever la panse. 
 
Ferdinando Camon, Le silence des campagnes, modestes constats en vers. Postface et traduction de l'italien par Patrice Dyerval Angelini. Garzanti Editore 1998, Editions Gallimard 2003.
 
 
 
 
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Leçon de poésie niveau IV

Publié le par Fred Pougeard

Laisse les étoiles tranquilles
leur cadastre est déjà impeccable
 
Laisse le cœur dans la poitrine
tu n'es pas médecin
 
Laisse la nuit aux veilleurs
et la nature aux espèces disparues
 
Laisse ton être et ton âme
picoler dans un coin
 
Laisse la vie devenir capitaliste
et la mort communiste
 
Laisse l'éternité faire du stop
et se planter de route
 
Laisse les fleurs se vendre
et adoucir les couples
 
Laisse tes morceaux 
​​​​​​​mijoter une heure ou dix ans
 
Ça va aller
n'écris pas tout de suite
 
Tu es trop propre
tu n'es pas prêt
 
​​​​​​​Ce n'est pas toi que tu cherches
on s'en fout de toi
 
Tu peux calculer tous les jours
le diamètre de ta sphère
 
Le petit vieux marrant du rez-de-chaussée
est plus important
 
Le jour des encombrants
est plus important
 
Des sachets plastique s'accrochent aux arbres
drapeaux blancs de ta banlieue
 
Si tu veux des signes va les chercher
négocie chaque chose que tu vois
 
Ne te laisse pas faire
Ne te laisse pas faire
 
Marc Guimo, La poésie, personne n'en lit. Editions la Boucherie littéraire, collection Sur le billot, dirigée par Antoine Gallardo, 2018
 
 
 
 
 
 
 
 
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Bilan

Publié le par Fred Pougeard

Nous conservons nos doigts
non pour les choses ordinaires
mais pour compter
nos amis qui tombent
les heures d'attente
les dettes
nos rêves évanescents
les années qui nous tractent vers la fin
mais aussi toutes les fois où nous échouons
à être des assassins
 
Cerné dans un cercle de craie
 
Abandonné sur le trottoir
avec un seul bras
cadavre calciné
je m'effrite de toutes parts dès qu'on me touche
après plusieurs tentatives ils ont décidé
de retirer sous mon corps
ma mère, mon père, ma sœur
et les enfants que je rêvais d'avoir
un à un
en me laissant affronter seul mon cadavre
 
Quand tu approches des restes d'un humain
 
Quand tu approches des restes d'un humain tu suffoques
tu t'assois près de son vœu le plus cher
et un trou collé à toi depuis des jours
vous épie
tu contemples les doigts qui amplifiaient ton enfance
et ta bouche tombe plusieurs fois entre tes cuisses
tu la remets en place
quand ta langue ne parvient plus
à émettre un seul mot
tu retires tes yeux
de l'os du bras nécrosé
tu descends dans le trou
et le monde s'écroule sur toi
 
*
 
La mort nous menace chaque jour
et jusqu'ici nous n'avons rien commencé
ainsi sommes-nous depuis l'enfance
pas une fois je n'ai vu entre tes mains autre chose
qu'une poupée sans jambes
tu m'auras vu tant de fois
tirant des pierres sur mon cerf-volant
pendu aux câbles électriques
j'aurais tant aimé dessiner des cœurs
​​​​​​​avec la buée
quand tu étais face à moi à la maison
une fenêtre nous séparait
mais nos fenêtres n'avaient plus de vitres
 
Ali Thareb, Un Homme avec une mouche dans la bouche. traduit de l'arabe (Irak) par Souad Labbize. Editions des Lisières, Saint Jalle 2017. 
 
Né en 1988 peu après la fin de la guerre Iran-Irak, Ali Thareb a grandi et vit à Babel en Irak. Il fait partie de la Milice de la culture, collectifs de poètes irakiens qui dénoncent les horreurs de la guerre par le biais de la poésie-performance.
 
Magnifique et courageux travail éditorial d'une maison de la Drôme : 
Editions Les Lisières
La Ruche-Les Laurons
20 Place Pierre-Louis Guilliny
26110 NYONS
www.editionsdeslisieres.com
 
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