J'ai d'abord pensé la mort telle une orpheline inconsolable ; plus tard, telle un être aimé ; puis femme et enfant se sont mis à reculer avec le paysage, avec le monde et sans que je puisse les rattraper. J'étais cloué à un des sommets hypothétiques du songe, dans le vide, bien que je n'eusse cessé de courir. Ainsi en est-il sans doute de la flamme soufflée d'une bougie, de l'étoile ternie à l'écoute d'une lueur perdue, dans la détresse de l'univers englouti ; de sorte que, maintenant, la mort m'apparaît comme l'ombre immensément seule de ce qui fut.
Edmond Jabès, Yaël, extrait de La peur du temps, p.56, Editions Gallimard 1967