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L'Avenir

Publié le par Fred Pougeard

Quand les mah,
Quand les mah,
Les marécages,
Les malédictions,
Quand les mahahahahas,
Les mahahaborras,
Les mahahamaladihahas,
Les matratrimatratrihahas,
Les hondregordegarderies,
Les honcucarachoncus,
Les hordanoplopais de puru para puru,
Les immoncéphales glossés,
Les poids, les pestes, les putréfactions,
Les nécroses, les carnages, les engloutissements,
Les visqueux, les éteints, les infects,
Quand le miel devenu pierreux,
Les banquises perdant du sang,
Les Juifs affolés rachetant le Christ précipitamment,
L'Acropole, les casernes changées en choux,
Les regards en chauve-souris, ou bien en barbelés, en boîte à clous,
De nouvelles mains en raz de marée,
D'autres vertèbres faites de moulins à vent,
Le jus de la joie se changeant en brûlure,
Les caresses en ravages lancinants, les organes
     du corps les mieux unis en duels au sabre,
Le sable à la caresse rousse se retournant en
     plomb sur tous les amateurs de plage,
Les langues tièdes, promeneuses passionnées se
     changeant soit en couteaux, soit en durs cailloux,
Le bruit exquis des rivières qui coulent se changeant
     en forêts de perroquets et de marteaux-pilons,
Quand l'Épouvantable-Implacable se débondant enfin,
Assoira ses mille fesses infectes sur ce Monde fermé, centré
     et comme pendu à un clou,
Tournant, tournant sur lui-même sans jamais parvenir
     à s'échapper,
Quand, dernier rameau de l'Être, la souffrance, pointe atroce,
     survivra seule, croissant en délicatesse,
De plus en plus aiguë et intolérable... et le Néant
     têtu tout autour qui recule comme la panique....
Oh ! Malheur ! Malheur !
Oh ! Dernier souvenir, petite vie de chaque homme, petite
     vie de chaque animal, petites vies punctiformes !
Plus jamais.
Oh ! Vide !
Oh ! Espace ! Espace non stratifié... Oh ! Espace, Espace !
 
Henri Michaux, Mes propriétés (1930) dans La nuit remue Éditions Gallimard 1935 (édition revue et corrigée 1967)
 
Image : Henri Michaux, Sans titre (1952), gouache sur papier
 

 

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Un je ne sais quoi d'éternel

Publié le par Fred Pougeard

     
     Les nuages légers sur la colline étaient incrustés de soleil, en forme de faux. Le sentier allait dans les friches, à travers le maquis. Çà et là, le jaune des genêts envahissait la couleur cendreuse du pierrier. Il y avait sur cette pente quelque chose de serein, de lumineux, quelque chose qui semblait venir d'une journée déjà vécue. L'air entre les crêtes et les nuages avait un je ne sais quoi d'éternel.
 
Francesco Biamonti, Attente sur la mer (1994), traduit de l'italien par François Maspéro. Editions du Seuil 2016

 

 
 
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