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Une autre femme en pleurs

Publié le par Fred Pougeard

Déverse l'affliction
De ton cœur trop amer
Que la désolation ne va pas adoucir.
 
Du poison croît dans ces ténèbres.
C'est dans l'eau des larmes
que s'élèvent ses fleurs noires.
 
La magnifique cause d'être,
L'imagination, la seule réalité
Dans ce monde imaginé
 
Te délaisse
Avec lui pour qui nulle fantaisie ne s'émeut,
et tu es navrée d'une mort. 
 
*
 
ANOTHER WEEPING WOMAN
 
Pour the unhappiness out
From your too bitter heart,
Which grieving will not sweeten.
 
Poison grows in this dark.
It is in the water of tears
Its black blooms rise.
 
The magnificent cause of being,
The imagination, the one reality
In this imagined world
 
Leaves you
With him for whom no phantasy moves,
And you are pierced by a death.
 
Wallace Stevens Minutes Préliminaires, Traduction de Gilles Mourier. Le Sot L'Y Laisse 2018/// Poème paru dans la revue Poetry, XIX, octobre 1921. Repris dans le recueil Harmonium (1923)
 
 
 
 
 
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C'est vil de faire le poète...

Publié le par Fred Pougeard

C’est vil de faire le poète,
De se poser en bel esprit,
D’archiver ses œuvres complètes,
De trembler sur ses manuscrits.
 
Ne crée que celui qui se donne
Sans y chercher le moindre gain.
C’est honteux d’être, étant personne,
La fable de tout un chacun.
 
La vie, prends-la comme une grâce,
Un don si fort que pour finir
L’espace même nous embrasse,
Nous projetant vers l’avenir.
 
Laisse des blancs, si tu les laisses,
Dans le destin, pas les papiers ;
Relis les pages qui te blessent
Des jours vécus – sans les rayer.
 
Perds-toi pour te reperdre encore,
Entre, levé toujours trop tôt,
Dans cette nuit d’avant l’aurore
Qu’on dit à couper au couteau.
 
D’autres suivront dans la nuit noire
Ta trace vive comme un gué,
Mais ta défaite ou ta victoire,
Tu ne dois pas les distinguer.
 
Et reste voué au visage :
Si tu l’oublies, tes jours sont vains.
Vis de ta vie, pas davantage,
Vivant, vivant jusqu’à la fin.
 
Boris Pasternak, 1956, traduit par André Markowicz (recopié de sa page Facebook)

 

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