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Je serai aux aguets

Publié le par Fred Pougeard

L'amour, l'amour ! Même en spasmes, au tombeau
Je serai aux aguets, séduite, confuse, je m'élancerai
Vers toi, mon doux ! Je ne te quitterai
Ni dans un nuage ! Ni dans une congère mortelle !
 
Je n'ai pas reçu deux ailes merveilleuses
Pour garder des pierres sur le cœur !
De la pauvre tribu d'aveugles entravés et sans voix
Je n'irai pas grossir le nombre...
 
Non ! Je dégagerai mes bras, ma taille ferme
D'un seul élan —hors de tes langes, ô mort !
Je te chasserai ! À des miles alentour
Les neiges sont fondues et la forêt brûlée.
 
Et si —épaules, ailes, genoux serrés —entière,
Je me suis laissée emmener au cimetière
C'est seulement pour rire sur le corps,
Élevée en poème et en rose fleurie.
 
Vers le 28 novembre 1920
 
Marina Tsvetaeva, Verstes II (1922) dans Poésie Lyrique Vol 1 (1912-1941) Poèmes de Russie (1912-1920). Traduit du russe, préfacé et annoté par Véronique Lossky, Editions des Syrtes 2015
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Bataille de Fontenoy

Publié le par Fred Pougeard

   
      De petites fleurs nageaient dans le sang des vaincus.
     Elles s'épanouissaient au contact du liquide frais qui coulait en faisant pencher l'herbe.
     Notre général était assis, adossé à un canon. Il comptait les doigts qui lui restaient et pensait qu'en cas de famine personne ne pourrait repousser ces ouvreurs de gloire. Ses moustaches, dégouttantes de la rosée du matin, commençaient à boucler en se séchant. Le vent, qui soufflait assez fort, attrapait en passant quelques poils trop longs, leur donnant un air d'oiseau inspecteur, de ceux qui viennent à la fin des combats.
     Derrière un bosquet de genévriers, un cheval chantait à voix basse. La tête coiffée d'un culot d'obus, il croyait jouer la comédie et prenait le vol des oiseaux inspecteurs pour les rires de ses camarades.
     Nous étions couchés, avec de l'herbe et toutes sortes de débris dans la bouche. Il plut tant après la bataille que, gonflés à point, nous nous envolâmes vers les nuages, emportant notre général mort que nous couvrîmes de ses moustaches.
 
Gisèle Prassinos, Trouver sans chercher, Flammarion 1976
 
Photo : Sophie Bassouls, Gisèle Prassinos, Paris le 24 septembre 1975
 
 
 
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