Bataille de Fontenoy
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Elles s'épanouissaient au contact du liquide frais qui coulait en faisant pencher l'herbe.
Notre général était assis, adossé à un canon. Il comptait les doigts qui lui restaient et pensait qu'en cas de famine personne ne pourrait repousser ces ouvreurs de gloire. Ses moustaches, dégouttantes de la rosée du matin, commençaient à boucler en se séchant. Le vent, qui soufflait assez fort, attrapait en passant quelques poils trop longs, leur donnant un air d'oiseau inspecteur, de ceux qui viennent à la fin des combats.
Derrière un bosquet de genévriers, un cheval chantait à voix basse. La tête coiffée d'un culot d'obus, il croyait jouer la comédie et prenait le vol des oiseaux inspecteurs pour les rires de ses camarades.
Nous étions couchés, avec de l'herbe et toutes sortes de débris dans la bouche. Il plut tant après la bataille que, gonflés à point, nous nous envolâmes vers les nuages, emportant notre général mort que nous couvrîmes de ses moustaches.
Gisèle Prassinos, Trouver sans chercher, Flammarion 1976
Photo : Sophie Bassouls, Gisèle Prassinos, Paris le 24 septembre 1975