Peire Cardenal (1180-1278), Ben volgra, si far si poguès dans une version de Henri Deluy. Action Poétique n°64, Troubadours, Revue trimestrielle Décembre 1975
Pour moi la Poésie, c'est d'abord une façon d'être, et une façon d'être, liée à la révolte devant l'immensité des désirs que chacun porte en soi et le peu que la vie lui permet de vivre. Pour ma part je crois qu'il n'y a pas de Poésie sans la conscience extrême de ce malheur, du malheur d'être Homme ; et qu'il n'y a pas de Poésie qui ne soit liée à un désespoir d'être ; mais avec cette contrepartie que la Poésie est en même temps une des rares sinon la seule manière, justement, de s'opposer à ce malheur. C'est une révolte contre l'inacceptable condition humaine dont parle justement Breton, mais en même temps ce qui permet, ce qui rend quand même quelquefois acceptable cette condition humaine en affirmant, par exemple, qu'un regard, qu'une rencontre ou qu'un geste d'insoumission peuvent soudain faire que malgré tout, le monde est parfois à la mesure, ou en mesure de répondre ne serait-ce qu'un instant à cette insatiable soif d'absolu dont parle Lautréamont et qui est l'immensité du désir humain.
Annie Le Brun dans Le Bon plaisir d'Annie Le Brun, entretien avec Christine Goémé, France Culture, première diffusion le 12 décembre 1992