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Il suffit d'un instant de paix

Publié le par Fred Pougeard

Il suffit d’un instant de paix pour révéler, 
au fond du cœur, l’angoisse, 
limpide comme le fond de la mer 

par un jour de soleil. Tu en reconnais, 
sans la ressentir, la souffrance, 
là, dans ton lit, poitrine, cuisses 

et pieds relâchés, tel 
un crucifié – ou tel Noé 
qui rêve en son ivresse, et, naïf, ignore 

la joie de ses fils, tandis que ceux-ci, 
si puissants, si purs, se moquent de lui… 
le jour est désormais sur toi, 

dans la pièce, comme un lion dormant. 

Par quels chemins le cœur 
peut-il goûter une parfaite plénitude, en ce 
mélange de béatitude et de douleur ? 

Il suffit d’un instant de paix pour que s’éveillent 
en toi la guerre, en toi Dieu. A peine les passions 
se sont-elles apaisées, à peine s’est fermée 

une fraîche blessure, et déjà, tu prodigues 
une âme qui semblait entièrement prodiguée 
en des actions de rêve, qui ne mènent 

à rien…
 
*
 
Un po’ di pace basta a rivelare
dentro il cuore l’angoscia,
limpida, come il fondo del mare
 
in in giorno di sole. Ne riconosci,
senza provarlo, il male
li, nel tuo letto, petto, coscie
 
e piedi abbondonati, quale
un crocifisso – o quale Noè
ubracio, che sogna, ingenuamente ignaro
 
dell’allegria dei figli, che
su lui, i forti, i puri, si divertono…
il giorno è ormai su di te,
 
nella stanza come un leone dormente.
 
Per quali strade il cuore
si trova pieno, perfetto anche in questa
mescolanza di beatitudine e dolore ?
 
Un po’ di pace… E in te ridesta
è la guerra, è Dio. Si distendono
appena le passioni, si chiude la fresca
 
ferita appena, che già tu spendi
l’anima, che pareva tutta spesa,
in azioni di sogno che non rendono
 
niente…
 
Pier Paolo Pasolini, Les cendres de Gramsci (1957) dans Poésie 1943-1970 Editions Gallimard "Du monde entier" 1990 traduit de l'italien par José Guidi

 

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Le choix

Publié le par Fred Pougeard

Dans l'ère de haine et de propagande
Je veux une surface aussi grande.
 
Je n'ai pas besoin de vent pour élargir mes gestes,
Je n'ai pas besoin d'écho pour ébruiter mes cris.
 
C'est par leur vérité que mes mots seront énergie.
 
Je veux qu'on me soupçonne, qu'on me calomnie ;
Je veux sur moi le poids de toute tyrannie.
 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
 
J'ai choisi, pour me bâtir, d'être partout détruit.
 
J'ai choisi de n'avoir pas de lit,
De n'avoir aucun sommeil dans aucune nuit...
 
Armand Robin, Le Monde d'une voix (parution posthume 1968) Dans Ma vie sans moi suivi de Le monde d'une voix; Editions Gallimard 1970

 

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