C'est vil de faire le poète...
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De se poser en bel esprit,
D’archiver ses œuvres complètes,
De trembler sur ses manuscrits.
Ne crée que celui qui se donne
Sans y chercher le moindre gain.
C’est honteux d’être, étant personne,
La fable de tout un chacun.
La vie, prends-la comme une grâce,
Un don si fort que pour finir
L’espace même nous embrasse,
Nous projetant vers l’avenir.
Laisse des blancs, si tu les laisses,
Dans le destin, pas les papiers ;
Relis les pages qui te blessent
Des jours vécus – sans les rayer.
Perds-toi pour te reperdre encore,
Entre, levé toujours trop tôt,
Dans cette nuit d’avant l’aurore
Qu’on dit à couper au couteau.
D’autres suivront dans la nuit noire
Ta trace vive comme un gué,
Mais ta défaite ou ta victoire,
Tu ne dois pas les distinguer.
Et reste voué au visage :
Si tu l’oublies, tes jours sont vains.
Vis de ta vie, pas davantage,
Vivant, vivant jusqu’à la fin.
Boris Pasternak, 1956, traduit par André Markowicz (recopié de sa page Facebook)