Top articles
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Tant que les arbres s'enracineront dans la terre
terrassé par l'amoncellement des saisons blanches je succomberai un jour je le sais mais il y aura quelque part un arbre le même qui remue ses branches dans mes poèmes un rônier aux feuilles roussies dont la sève coulera à flots je dormirai près de mes...
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Venise
(...) L'hiver dans cette ville, le dimanche surtout, vous vous réveillez au carillon de cloches innombrables comme si, derrière les rideaux de gaze, un gigantesque service en porcelaine vibrait sur un plateau d'argent dans le ciel gris perle. Vous ouvrez...
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A l'est d'Erzerum
A l'est d'Erzerum, la piste est très solitaire. De grandes distances séparent les villages. Pour une raison ou une autre, il peut arriver qu'on arrête la voiture et passe la fin de la nuit dehors. Au chaud dans une grosse veste de feutre, un bonnet de...
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Pour Joseph Brodsky
Pour Joseph Brodsky Les archipels touristiques de mon sud sont des prisons aussi, corruptibles, et bien qu'il n'y ait pas de prison plus dure qu'écrire des vers, qu'est-ce que la poésie quand elle en vaut la peine sinon une phrase que les hommes peuvent...
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La mémoire enfin
La mémoire, enfin, obtient ce qu'elle cherchait. Se retrouve ma mère, se révèle mon père. Je leur rêve une table, deux chaises. Assis, ils me sont à nouveau, et à nouveau vivants. Deux lampes des deux visages brillent à l'heure grise comme pour Rembrandt....
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Le poème dessous
Voici qu'éclate un orage violent Avec de merveilleux éclairs Qui passent l'épouvante. Et aussitôt, entre les dents serrées Des gueules rugissantes de la nue, Glissent la confidence et la douceur Des eaux. Ruisselante passion. Toi, la douleur, le chagrin...
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Le poète et la vie
Celui qui a toujours affaire aux reflets sera peu enclin, dans le bien et le mal, à croire aux choses solides. Le réel n'est pas beaucoup plus que la fumée enflammée d'où les phénomènes doivent apparaître. Mais les phénomènes sont enfants de cette fumée....
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Troisième élégie
Une époque farouche M’a, comme une rivière fait rebrousser chemin. On m’a imposé une autre vie. Elle coulait Dans un autre lit, auprès d’un autre, Je ne connais plus mes rives. Oh ! j’ai manqué bien des spectacles, Le rideau s’est levé sans moi, Puis...
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Le beau 27 septembre/Der schöne 27. September
Je n’ai lu aucun journal. Je n’ai suivi des yeux aucune femme. Je n’ai pas ouvert la boîte à lettres. Je n’ai dit bonjour à personne. Je n’ai pas regardé dans la glace. Je n’ai parlé avec personne des temps passés ni avec personne des temps nouveaux....
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La jument grise
Mère la jument grise a posé sa chemise. Il fera froid au bois du roi. Que de violettes j'ai cueillies dont le parfum est ma folie, que de violettes j'ai cueillies pour les offrir à mon amie. Le bois du roi s'est endormi. Le fils du roi vient-il ici ?...
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La chouette
(Ma mère) avait un penchant (qu'elle niait d'ailleurs) à voir dans tout ce que le monde voit banalement ce que n'y voit personne. Et je la comprends. Je tiens d'elle. Sa méfiance était constante, que surmontait, à l'improviste, une confiance qui contrariait...
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Mais il faut être fou, mon enfant...
Mon bel enfant, As-tu trouvé des chimères ? Le marin que tu m'as envoyé m'a dit que tu étais imprudent. Cela m'a rassurée. Sois toujours très imprudent, mon petit, c'est la seule façon d'avoir un peu de plaisir à vivre dans notre époque de manufactures....
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Un bonheur
CD BW Mon bonheur, c'est d'avoir retrouvé le dessin, la maison, les arbres, le dos voûté, la ressemblance. Quand à ce que j'écrivais, vous me tueriez, je ne pourrais pas vous le dire. Aujourd'hui, j'écris qu'elle dessinait. J'ai perdu la force d'écrire...
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Souvenirs de la maison des fous
extraits... II Petite et belle elle peut vivre sans miroir Petite et belle elle peut vivre sans espoir Les longs charrois de nuit et l'aube à petit feu Ont dégradé son corps et dévasté son cœur Vivre toujours peut-être et patient je regarde Le jour pâle...
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Je ne dérangeais ni ne pesais sur personne
Fabuleuses, rayonnantes nuits noires, et le matin si clair et riant, avec de si bons, de si chers yeux bleus ! Le pâle et le rose, le brumeux et le limpide – À l’automne, je mis à exécution mes projets de retraite et m’installai, solitaire, occupé à toutes...
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Dans le demi-sommeil
Je veille la nuit violentée L'air est criblé comme une dentelle par les coups de fusil des hommes renfoncés dans les tranchées comme les escargots dans leur coquille Il me semble qu'une ahanante tourbe de cantonniers pilonne le pavé de pierre de lave...
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Il me donna L'Iliade
Lis, dit l'homme en noir. Il me donna l'Iliade. J'allai m'asseoir sur la pierre du seuil. Les rossignols du lavoir chantaient encore. L'orage maintenant tenait tout le rond du ciel. Tout le jour se passa en silence ; toute la nuit. Le lendemain, le ciel...
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Mon père me récitait des vers
Quand j'étais malade, moi, je n'avais pas peur. Le lit, j'y étais à mon aise et je me laissais aller. Je n'avais aucune envie d'aller courir, et, pour m'amuser, il y avait ce livre d'images que me proposait le plafond de la chambre, un théâtre qui changeait...
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L'idéale maison
J’AI BÂTI L’ID É ALE MAISON à Elisabeth Rohmer Je l'ai proférée en pierre sèches, ma maison, pour que les petits chats y naissent dans ma maison, pour que les souris s'y plaisent dans ma maison. Pour que les pigeons s'y glissent, pour que la mi-heure...
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Une fin / Ein Ende
Je cherche une fin une fin où des mots se touchent au-delà du taire au-delà d'une trêve une fin où ce ne soient pas des pierres qui dans ma gorge constituent le poids du monde. * Ich suche ein Ende ein Ende an dem Worte sich berühren jenseits des Schweigens...
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Si l'on pouvait goûter seulement son néant...
Si l'on pouvait seulement goûter son néant, si l'on pouvait se bien reposer dans son néant, et que ce néant ne soit pas une certaine sorte d'être mais ne soit pas la mort tout à fait. Il est si dur de ne plus exister, de ne plus être dans quelque chose....
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Vols
Vols I Un avion de chasse crache sa soie mortelle. Que de fils où s'enchevêtre ce monde laid ! Comment déchirera-t-il son cocon —pour s'envoler ? Vérité et métaphore, tout un : chenille et papillon. Ces papillons dits contingents : paumes qui applaudissent...
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Arts invisibles
Toi qui chantes toutes mes morts Toi qui chantes ce que tu ne livres pas au sommeil du temps décris-moi la maison vide, parle-moi de ces morts habillés de cercueil qui habitent mon innocence. Avec toutes mes morts je me remets à ma mort, avec des poignées...
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Si seulement l'odeur devenait connaissance
SI SEULEMENT L'ODEUR DEVENAIT CONNAISSANCE, si elle pouvait opérer un grand lavement de l'âme. Qui nous paralyse ? Sommes-nous des égarés dans la forêt des villes, Ayant allumé toutes les lumières sans effacer la nuit ? Il faudrait le feu à même la bouche...
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Il s'allonge sur la terre noire
Il s'allonge sur la terre noire Et ce n'est pas mourir Il reprend le dialogue avec la terre noire Et la nuit des racines habituelles Voici que des fleuves débouchent dans son sang L'estuaire de nouveau promis. Jean Fanchette, Identité provisoire (1965)...