Top articles
-
Les espaces du sommeil
Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles du monde et la grandeur et le tragique et le charme. Les forêts s'y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés. Il y a toi. Dans la nuit il y a le pas du promeneur...
-
Madrigal du rouleau de fer
É crire de la poésie fut longtemps le cadet de mes soucis cela me prit avant-hier Quelle mouche le piqua demande le fabuliste quoi qu'il en soit voici s'il vous plaît une histoire en vers avec un rouleau de fer Vincent mon grand-père paternel un soir...
-
Paysage avec inondation
Paysage tout à fait standard que l'inondation améliore. Tu vois des cimes d'arbres, des coupoles, la girouette d'un château. Tu veux dire plein de choses mais l'émotion te dévore réduit ta réserve lexicale à un constant "Que d'eau !" Ainsi, en vieillissant,...
-
Le Livre de la fin
I Je ne vivrai ni dans la tombe ni dans ta mémoire car tu m'as précédée dans le futur éternel. Les mers sont immobiles et nous regardent sans espoir. II Je parle d'un bonheur noir, d'arbres désormais métalliques, et d'un rite funèbre plongeant dans le...
-
Fable d'un instant difficile
Rien de particulier n'est arrivé. Devant moi le bureau, au-delà de la fenêtre le gris blanc de l'hiver précoce, à côté de moi le paisible monstre vert du téléphone, maintenant il ne me siffle même pas, rien de particulier n'est arrivé. Tout est tel qu'il...
-
Pour moi la Poésie...
Pour moi la Poésie, c'est d'abord une façon d'être, et une façon d'être, liée à la révolte devant l'immensité des désirs que chacun porte en soi et le peu que la vie lui permet de vivre. Pour ma part je crois qu'il n'y a pas de Poésie sans la conscience...
-
L'échange avec Dieu
I Je voudrais si faire se peut Que Dieu ait bien tout ce que j'ai Et la torture et le boueux Que moi je sois Dieu comme il l'est Je lui ferais ce qu'il m'a fait Je lui rendrais ce que j'ai pris II Si les brutaux et les salauds Ont les richesses à leur...
-
Au laboratoire du rêve
L'âge et la maladie auraient pu nourrir ma colère Et souffrir à longueur de temps me déshumaniser ; Je veux pourtant me rallier au vœu de Baudelaire : Dormir, dormir plutôt que vivre et, dormant, pactiser Avec la mort que le sommeil imite et préfigure....
-
La Racine originelle/La prima raiç
Je la regarderai avec mes yeux d'eau, d'étoile, de feu, je regarderai la terre qui change. Et le ciel, je le regarderai bien —un jour—la nuit—le temps qui va, le temps qui passe. Je regarderai les arbres, je me souviens de la racine, qui trouve l'âme...
-
Ce qui advint de nous
Retour sur les bergamotes sauvages. On ira au bois de jouvence. Les astres ont des fleurs rouges à la boutonnière. S'amorcent bien des choses dont nous ne savons encore rien. Des recueils et des trous à rats pour les berges enfantines. Des drapeaux en...
-
Le dernier voyage
On l'appelle "le dernier voyage" bien qu'il n'y ait aucun nom de destination— mais dans l'ombre du langage, il existe un lieu perméable où mon père passe et il est toujours avec nous. Quel que soit le pays, je le rencontre comme ce qui est écrit entre...
-
Pour les enfants
Les collines escarpées, les pentes des statistiques sont là devant nous. montée abrupte du tout, qui s'élève s'élève, alors que tous nous nous enfonçons. On dit qu'au siècle prochain ou encore à celui d'après il y aura des vallées, des pâturages où nous...
-
Quelque chose que nul ne connaît
À Natalia Rykova Tout est pillé, tout est vendu, trahi, L'aile noire de la mort est passée. Par un chagrin vorace, tout est englouti, D'où nous vient donc alors cette clarté ? Le jour, des effluves de cerisiers Montent du bois près de la ville, La nuit,...
-
C'est parce que je croyais aux choses, aux êtres...
(...) Aussi le côté de Méséglise et le côté de Guermantes restent-ils pour moi liés à bien des petits événements de celle de toutes les diverses vies que nous menons parallèlement, qui est la plus pleine de péripéties, la plus riche en épisodes, je veux...
-
Un je ne sais quoi d'éternel
Les nuages légers sur la colline étaient incrustés de soleil, en forme de faux. Le sentier allait dans les friches, à travers le maquis. Çà et là, le jaune des genêts envahissait la couleur cendreuse du pierrier. Il y avait sur cette pente quelque chose...
-
L'Avenir
Quand les mah, Quand les mah, Les marécages, Les malédictions, Quand les mahahahahas, Les mahahaborras, Les mahahamaladihahas, Les matratrimatratrihahas, Les hondregordegarderies, Les honcucarachoncus, Les hordanoplopais de puru para puru, Les immoncéphales...
-
J'ai d'abord pensé la mort...
J'ai d'abord pensé la mort telle une orpheline inconsolable ; plus tard, telle un être aimé ; puis femme et enfant se sont mis à reculer avec le paysage, avec le monde et sans que je puisse les rattraper. J'étais cloué à un des sommets hypothétiques du...
-
Plus aucun souffle
Plus aucun souffle. Comme quand le vent du matin a eu raison de la dernière bougie. Il y a en nous un si profond silence qu'une comète en route vers la nuit des filles de nos filles nous l'entendrions. Philippe Jaccottet Leçons, novembre 1966-octobre...
-
Le lui dire
Il n'y a pas Tellement de moyens D'approcher l'instant Sur le point de venir Il faut savoir Qu'il sera unique Et le lui dire. Eugène Guillevic, Ouvrir Poèmes et proses 1929-1996 Editions Gallimard 2017 Photo Berthe Judet
-
On dirait qu'une ampoule immense et blanche
On dirait qu'une ampoule immense et blanche au ciel lentement se balance. Ô ! Toutes ces îles vident qui dérivent. Ô ! Ces bras du fleuve transformés en étang et notre solitude visible sur la carte. Comment ne pas avoir peur ? Franck Venaille, Descente...
-
Quand contremont
Quand contremont verras retourner Loyre, Et ses poyssons en l'air prendre pasture Les corbeaux blancz laissantz noyre vesture, Alors de toy n'auray plus de mémoire. Anonyme XVIe, mis en musique par Clément Janequin, Chansons, 31e livre 1549
-
Quand j'écris
Quand j'écris, C'est comme si les choses, Toutes, pas seulement Celles dont j'écris, Venaient vers moi Et l'on dirait et je crois Que c'est pour se connaître. Eugène Guillevic, Art poétique, Paroi, Le Chant, Editions Gallimard 2001