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Pour Joseph Brodsky

Publié le par Fred Pougeard

Pour Joseph Brodsky

 
Les archipels touristiques de
mon sud sont des prisons aussi,
corruptibles,
et bien qu'il n'y ait pas 
de prison plus dure
qu'écrire des vers,
qu'est-ce que la poésie
quand elle en vaut la peine
sinon une phrase
que les hommes peuvent 
se passer de main en bouche ?
De main en bouche
à travers les siècles,
le pain qui reste
quand les systèmes ont décliné,
quand dans sa forêt 
de fils de fer barbelés,
un prisonnier marche en rond,
mâchant cette phrase
dont la musique sera encore là
après la chute des feuilles,
dont la condensation 
telle la sueur de marbre
tombant du front des anges
ne séchera pas
tant que l'aurore boréale
n'aura pas éteint les lumières
de paon de son lent ventilateur
de Los Angeles
à Archangelsk,
et la mémoire
n'a nul besoin de répétition.
Effrayé et affamé,
la fièvre divine
secouait Ossip Mandelstam
et chaque métaphore le faisait
frissonner de fièvre,
chaque voyelle plus lourde
qu'une pierre de bornage
"au craquement de roubles-papier
près d'une Néva citron",
mais maintenant
cette fièvre est un brasier
dont la lueur
réchauffe nos mains
Joseph
tandis que nous grognons
comme des primates,
échanges gutturaux dans 
la caverne hivernale
d'un cottage brun
tandis que dehors
les mastodontes propulsent
leurs systèmes à travers neige.
 
Derek Walcott, poème pour Joseph Brodsky, retranscrit à partir d'un extrait du film Joseph Brodsky, poète russe, citoyen américain, de Christophe de Ponfilly et Victor Loupan (1989-LA SEPT). Traduction : Véronique Schiltz (?)
 

Photo : Derek Walcott, St.Lucia 1994 par Inge Morath

 
 
 
 
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