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Porpoise/Marsouin

Publié le par Fred Pougeard

Chaque année, alors que nous pêchons le tarpon à la
mouche au large de Key West, Guy répète avec
insistance que les marsouins portent bonheur. Pas
dans le sens aussi banal d'attraper plus de poissons ou
d'avoir un mannequin de mode qui vous tombe du ciel
doucement sur la tête, ou aux pieds, en fonction de certaines
préférences. Mais de ce que les marsouins font à l'océan.
On voit une école se livrant aux jeux de l'amour au
large de Boca Grande, le petit avec son point
d'interrogation fixant son regard sur nous  à quelques
mètres du bateau. Les marsouins dansent tout du long
qu'ils vivent. On ne peut rien pour eux.
Ils altèrent tout l'univers.
 
*
 
Every year, when we're fly fishing fishing for tarpon
off Key West, Guy insists that porpoises
are good luck. But it's not so banal
as catching more fish or having a fashion
model fall out of the sky lightly on your head,
or at your feet depending on certain
preferences. It's what porpoises do to the ocean.
You see a school making love off Boca Grande,
the baby with his question mark staring
at us a few feet from the boat.
Porpoises dance for as long as they live.
You can do nothing for them. 
They alter the universe.
 
Jim Harrison, Théorie et pratiques des rivières (1985 et 1989), traduit de l'américain par Pierre François Gorse. Edition L'incertain 1994. Collection 10-18
 

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Cela

Publié le par Fred Pougeard

 

cela
comment le nommer
comment l’inscrire
en un poème
 
cela
qui se fissure
chaque instant
me coupe
du quotidien
décolore
vide de sa substance
ce qui m’est accordé
 
cela
qui me porte
me jette en affamé
à la rencontre de la vie
fait monter
au-devant de mes pas
cette lumière
que je ne peux atteindre
 
cela
qui me tient
en exil
qui m’embrase
brûle mon sang
d’une telle avidité
cela
comment le nommer
                le traduire
comment répandre
son feu dans mes mots
 
Charles Juliet, L'autre chemin. Arfuyen 1991

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Levensloop / Cours d'une vie

Publié le par Fred Pougeard

Presque tout m'a fait honte.
Ma nuque, mes cheveux, mon écriture, mon nom,
 
le cartable que ma mère m'a donné,
mon père enfilant son blazer,
 
la maison dont j'ai refusé l'amitié.
Mais voici mon père suspendu à cinq tubes,
 
sa voix de plus en plus rauque parle d'adieu,
et ma honte s'accroupit dans un coin. Il est mort
 
comme il conduisait son Opel : maître de soi,
correct, les yeux fixant bravement la route.
 
Aucune envie de lutter bêtement avec la mort.
Ainsi tout ce que j'avais encore à dire
 
est parti en trombe sous les roues du temps.
 
Menno Wigman, Ceci est ma journée (2004) dans L'Affliction des copyrettes, Anthologie traduite du néerlandais par Pierre Gallissaires et Jan H.Mysjkin, Prometheus (2009) et Editions Cheyne, collection d'Une voix l'autre, pour la traduction française 2010.

 

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