Louange du sexe. Louange de toute la femme.

Publié le par Fred Pougeard

Louange du sexe
 
— Je ne chanterai pas le sexe de la femme, la grotte secrète, la source cachée.
   La fontaine chanteuse où l'abeille vient boire —et le pas des chevreuils s'y creuse, et le passage des sangliers
   sur l'herbe verte et le cresson.
 
   Je ne dirai ni les oiseaux, ni la vipère, ni la brise qui frise en frissonnant les eaux.
   Ni le silence ni l'obscure transe où l'on égorge les oiseaux. Ni la course égarée des chevaux. Ni la corne cornant les taureaux. Ni le cri ni l'envol des corbeaux.
   Et ni le marécage où nagent les salamandres parmi les milliers de larves et les racines de valériane.
   Ni ce lever de l'aube et ce soleil cuisant, ni la tourbe où se plante la lance de l'incandescence 
   et la fraîcheur du peuplier.
   Je ne dirai ni l'incendie de la garrigue, ni le reflux des belles eaux, ni le baiser de la méduse, ni l'étreinte des tentacules, et ni la langue des oiseaux.
 
   Non je ne dirai pas, femme, ton sexe étroit. Ni la porte dans ses rideaux. Ni la mer large ouverte à l'espoir de nos plus chers naufrages,
   ni ces dents de velours qui nous dévoraient là,
   ni ces mains enlacées qui nous ensorcelèrent.
   Je ne chanterai pas ton texte tout-puissant.
 
 
Louange de toute la femme
 
   Oui, je te chanterai, femme des profondeurs,
   poisson qui vient de loin,
   germe de tous les germes,
   femme-lande et femme-jardin,
   larve des marécages,
   puissante boue,
   limon plein de levures,
   oui, femme, je te loue, germe de tous les germes.
 
   Je te chante bel arbre au milieu de tes fruits.
   Je te chante champ d'orge, je chante l'épi, et le vent qui fait rire l'épi
   à pleine gorge.
 
   Je te chante debout et je te chante assise.
   Étendue je te chante au milieu de la nuit, brillante et sombre.
 
   Terre pleine de lait, de lave et de silence,
   terre sonore et douce au rythme de la pluie,
   terre ouverte à la lune et que le ciel encense,
   femme je chante tes louanges.
 
   Et je parle de toi si je chante la mer.
   Si je chante la sève et l'écorce des arbres,
   c'est encore de toi que je parle,
   poussière ardente, argile, sable, et le pain dans le four.
   Et le fruit sur la table, et la table, et le feu et la flamme, et la braise, et le four.
 
   Je te chante par tout ce qui chante,
   et par tout ce qui danse, et par ce qui repose.
   Et par la feuille morte qui lentement fermente l'humus nouveau.
 
   Oui je te chante, femme, je t'ai chantée.
   Oui je te chante un chant nouveau.
   Avec les mots anciens, les paroles anciennes, je te chante à toi-même semblable et nouvelle,
   ô toi qui n'est jamais la même,
   et d'un printemps qui ne ressemble à nul autre printemps,
   comme l'aurore qui se lève et qui fait de nouvelles merveilles
   avec la vieille terre et le soleil ancien.
 
Marcelle Delpastre, extraits de Louanges pour la femme (novembre 1980-janvier 1981). Première édition : Cahiers de poésie verte-Friches, Saint-Yrieix-la-Perche 1985. Dans Les Petits Recueils, Las Edicions dau Chamin de Sent Jaume 2001.
 
   
   
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