Le cheval peut-il se désunir ? Jamais.

Publié le par Fred Pougeard

Le cheval peut-il se désunir ? Jamais.

Le cheval peut-il se désunir ? Jamais.
La réponse vient de sa force.
Il court par-dessus les cataclysmes.
Il est le feu, la perfection de la gemme.

Impossible de briser sa ligne d'air
qui a la terre entière sous ses sabots.
Son poids est celui du champ alentour.
Et le tacite appel du péril devant lui.

Il vit, cependant, plus haut que le temps.
Lui-même est un drapeau sans drapeau,
le cheval qui jamais ne l'est pour lui-même.

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Le droit de vivre pour l'écriture incorrompue,
la flèche lancée atteint ou non son but,
le poète gagne son cheval chaque jour,
l'arrache virilement à son magma obscur.

Le droit de vivre pour la vie la plus forte
dans la pure intensité du cheval qui rassemble
en lui toutes les tensions et déchire la page,
c'est le droit à la mer, à l'espace entier.

Le droit de vivre pour la parole vive,
pour elle mon cheval :
ses pieds écorchent le soleil et déchirent les nuages.

Antonio Ramos Rosa, Ciclo do cavalo, Le cycle du cheval (1975). Traduit du portugais par Michel Chandeigne. Editions Gallimard 1998